Diafra Sakho aurait pu devenir athlète. Il a fini footballeur. Il aurait pu devenir international bissau-guinéen. Il a fini par arborer les couleurs du Sénégal. Sa carrière internationale aurait pu prendre fin en 2015 après une incompréhension avec la fédération et le staff de l’équipe nationale. Il a fini par marquer le but qui assura la qualification des « Lions » à la Coupe du Monde 2018. Il a manqué deux participations à la Coupe d’Afrique mais celle au Mondial devrait lui tendre les bras. Ainsi s’est dessiné la trajectoire peu commune d’un joueur qui a du caractère à revendre.

Que de soubresauts dans le parcours de Diafra Sakho. Buteur contre le Cap-Vert en octobre 2017, puis buteur contre l’Afrique du Sud le mois suivant, Diafra Sakho est directement impliqué dans les deux matchs-clés qui ont permis la validation de la qualification du Sénégal à la prochaine Coupe du Monde. En deux titularisations, profitant du vide momentané à son poste, l’attaquant du Stade Rennais FC a effacé toute une série d’incompréhensions et de mésentente avec le Sénégal du football. Mais c’est son parcours qui est ainsi fait de hauts, de bas et de débats.

«Chassé» par un coup d’Etat à Bissau

Né en 1989 à Guédiawaye (banlieue dakaroise), le joueur, originaire de Bakel (Est du Sénégal) a grandi tout au sud, entre Ziguinchor, et Bissau, capitale de la Guinée-Bissau. Alors piégé par le coup d’Etat militaire qui frappa nos voisins du sud, renversant le pouvoir de Kumba Yalla en septembre 2003, l’adolescent de 14 ans, qui s’essaie déjà à l’athlétisme, rentre avec sa famille au Sénégal. Cap sur Dakar, dans le quartier populaire de la Médina où la dictature de l’asphalte prend le pas sur sa pratique du «200 mètres» et du tour de piste. Ses rêves de devenir sportif semblent se perdre en chemin quand ses parents l’orientent vers la menuiserie, dans un petit atelier du coin. Là, c’est un autre sport intronisé roi qui fait le putsch dans la tête du jeune Sakho. Le terrain de football, en face de l’atelier de menuiserie a un effet d’aimant. L’ancien futur athlète y transfère ses rêves qui passent alors des pistes aux pelouses. Encore malhabile dans sa conduite de balle, il compense par l’avance sur le plan physique que lui as octroyée la pratique de l’athlétisme. « C’était un garçon au-dessus du lot, qui avait des points forts que d’autres joueurs n’avaient pas. À Metz, il a fallu beaucoup travailler techniquement car il est arrivé tard dans le football », dira, quelques années plus tard, Olivier Perrin, le premier manager qui guidera ses pas vers le professionnel. Tant mieux. Car à la Médina déjà, la puissance de Diafra Sakho finira par taper dans l’œil d’un recruteur de l’Académie Génération Foot, un des grands viviers du football sénégalais en ce début des années 2000. Diafra Sakho s’offre même le luxe de décliner à plusieurs reprises la perche tendue par le centre de formation. « J’aimais bien le foot, mais bon, ce n’était pas trop mon domaine… Je n’avais pas envie d’aller là-bas dans le centre et partir de chez moi ». Ainsi justifie-t-il sa décision de décliner l’offre. Quand il daigne enfin l’accepter, il mesure surtout l’immensité du chantier qui l’attend car, contrairement aux gamins de son âge qui, très tôt, avaient donné à leurs rêves des contours d’un ballon de foot, lui, était dans un autre délire et dut tout apprendre.

A Metz, la galère avant la gloire

Deux ans de préformation à Génération Foot, puis il rejoint la réserve du Fc Metz en 2007, pour parfaire sa formation. Après un apprentissage difficile des exigences du haut niveau, c’est en 2009 qu’il effectue ses débuts avec l’équipe première des Grenats, alors en Ligue 2. La saison suivante, toujours en Ligue 2, il dispute 34 matchs et marque 5 buts et pense avoir pris ses marques. Mais c’est sans compter avec les conflits latents qui l’opposent aux dirigeants qu’il accuse de ne pas respecter leur parole et aux supporters qui le prennent en grippe dans les travées du stade Saint-Symphorien quand ils ne lui envoient pas des messages à caractère raciste. Au bord de la crise de nerfs, le joueur perd son père la même année. Son temps de jeu s’en ressent gravement puisque Diafra Sakho ne joue avec Metz que 10 matchs toutes compétitions confondues en 2011-2012, avant d’être sanctionné par prêt à l’Us Boulogne, en National, le 31 janvier 2012 pour le reste de la saison. Ce passage aura pour effet de le calmer et de le rendre enfin prêt à décoller à son retour dans l’effectif professionnel des Grenats, quand ceux-ci furent relégués en National. Finalement, c’est à l’aune de la saison 2012-2013 que le Sénégalais explose en participant grandement à la remontée immédiate de Metz en Ligue 2 avec 19 buts et 8 passes décisives en 33 matchs. Sa contribution la saison suivante (37 matchs, 20 buts, 3 passes décisives) est encore plus importante et pèsera de tout son poids dans l’accession rapide de Metz en Ligue 1. Après plusieurs épisodes de « je t’aime, moi non plus », le public messin est enfin conquis. Plus aucun doute n’est alors permis : Diafra Sakho fait désormais partie de la race des grands attaquants sénégalais dans l’histoire du club lorrain, à l’instar de Jules Bocandé, Mamadou Niang, Papiss Demba Cissé et autres Babacar Guèye. La sélection nationale des Djurtus de la Guinée Bissau lui fait les yeux doux, en insistant sur le fait qu’il a vécu au pays pendant quelques années, mais c’est bien avec le Sénégal que Diafra Sakho connaîtra les joies et peines d’une équipe nationale, en répondant à sa première convocation pour les rencontres amicales du mois de mai 2014, respectivement contre le Burkina Faso et la sélection du Kosovo.

En sélection, la brouille avant les buts

Le 22 mai 2014, pour ses débuts en équipe nationale du Sénégal, sous le magistère d’Alain Giresse en pleine préparation des éliminatoires de la Can 2015, Diafra Sakho se contente d’une entrée en jeu à trois minutes de la fin du match contre le Burkina Faso, disputé au stade du 4 août de Ouagadougou (1-1). Pas de quoi faire la moue. Trois jours plus tard, il est titularisé pour le match d’exhibition face à la sélection du Kosovo, qui se tient cette fois-ci à Genève, en Suisse. Si les Kosovars ouvrent le score dès la 22e minute, c’est finalement le Sénégal qui remporte la partie grâce à à un doublé de Baye Oumar Niasse (41e, 48e) et un troisième but de Diafra Sakho (49e) qui venait ainsi d’ouvrir son compteur en sélection. Puis, les débuts en sélection sont alors gâchés par un concours de circonstances. D’abord transféré à West Ham où il remplace son compatriote Demba Bâ, il réussi son passage peu évident de la Ligue 2 française à la Premier League anglaise. Mais, parallèlement, Diafra Sakho manque les quatre premières rencontres des éliminatoires de la Can 2015 et s’en étonne publiquement, même si une douleur au dos le prive du déplacement au Botswana. Il ne revient que pour la cinquième journée, en Egypte où il ne joue qu’une dizaine de minutes avant de rester sur le banc pendant tout le match suivant, quatre jours plus tard à Dakar, face au Botswana. Pour le joueur, ce sont ses propos qui lui valent ce traitement. Pour certains dirigeants, il est coupable d’avoir zappé le déplacement à Gaborone et la Can 2015 en Guinée équatoriale pour favoriser son nouveau club anglais, West Ham, où il brille en réalisant sa promesse d’inscrire plus de dix buts (12 buts et 2 passes décisives en 27 matchs) à l’issue de sa première saison, en 2015. A côté, la passe d’armes par presse interposée aura raison du joueur, finalement écarté de la sélection pendant une longue période.

Rappelé en septembre 2015 par Aliou Cissé, pour affronter la Namibie (victoire 2-0) le 5 septembre 2015, Diafra Sakho enchaîne enfin une entrée en jeu de 18 minutes en Namibie et une titularisation pour 90 minutes contre l’Algérie un mois plus tard. Sauf qu’il est à nouveau freiné par une nouvelle série de blessures, au dos, à la cuisse et au tendon. Pendant les deux saisons qui suivent (de 2015 à 2017), Diafra Sakho ne dispute qu’un total de 31 matchs toutes compétitions confondues pour 7 buts inscrits, et fait davantage les aller-retour à l’infirmerie. Conséquence, il manque encore la Can 2017, au Gabon et son influence à West Ham se flétrit quand le club recrute le Mexicain Javier Chicharito pour faire face à ses nombreuses absences. A Londres également, son tempérament l’oppose très vite aux dirigeants du club des Hammers. Pas de nature à se laisser faire, il leur reproche les promesses non tenues et ne manque pas de faire comprendre qu’il veut quitter le club. Bloqué jusqu’au dernier jour du mercato hivernal de 2017, mis en mal avec les fans du club, il ne cède pas à la pression. Fort de 24 buts et 4 passes décisives en 71 matchs sous le maillot de West Ham, Diafra Sakho obtient enfin son bon de sortie pour un retour en France où il n’a jamais joué en Ligue 1. C’est le Stade Rennais qui débourse 6,5 milliards F CFA et l’accueille le 29 janvier 2018. Et à ceux qui s’étonne de ce recul au niveau du standing, il rétorque que c’est la volonté de se mettre au service de l’Équipe nationale qui est au centre de sa décision. Comme une volonté d’oublier toute forme de malentendu qui a pu exister par le passé et de se concentrer enfin sur la dernière ligne droite qui précède la messe du football en Russie. Buteur face au Psg pour son premier match avec Rennes, l’athlète est prêt pour le sprint final.

LA BIO EXPRESS DE DIAFRA SAKHO

Etat-Civil : Né le 24 décembre 1989 (28 ans) à Guédiawaye – SENEGAL

Taille : 1,84 m

Meilleur pied : droit

Poste : Avant-centre

Club actuel : Stade Rennais FC (depuis janv. 2018)

Parcours : Formé à Génération Foot – Equipe B Fc Metz (France, 2007-2009), Equipe A Fc Metz (France, 2009-2014), Us Boulogne (France, prêt janv.-juin 2012), West Ham (Angleterre, 2014- janv. 2018),

Sélections : 8 sélections, 3 buts.

Première sélection : 22 mai 2014, match amical Burkina Faso – Sénégal à Ouagadougou (1-1, but de Zongo pour le Burkina et Pape Kouly Diop pour le Sénégal. Diafra Sakho entré en remplacement de Moussa Sow)

Premier but en sélection : 25 mai 2015, match amical Sénégal – Kosovo à Genève, en Suisse (3-1, doublé de Baye Oumar Niasse, but de Diafra Sakho).