Le 19 juin 2018, quand l’Équipe nationale du Sénégal foulera la pelouse du stade du Spartak de Moscou, en Russie, pour son entrée en matière dans la compétition, les projecteurs et les paires d’yeux aux quatre coins du globe seront braqués sur lui qui n’a pourtant jamais cherché à attirer la lumière sur lui.

C’est l’histoire d’un joueur qui a pris date avec l’Angleterre du football lors des Jeux Olympiques de Londres 2012, sous le maillot du Sénégal, avant d’y revenir s’y imposer sous les couleurs de clubs anglais définitivement conquis. Sadio Mané, fils de Bambali, village situé dans la région de Sédhiou, à près de 400 kilomètres de Dakar, a fait du chemin. Un escale à Mbour, où il aurait brièvement ébloui les fans de «Navétanes», puis une formation passée à l’Académie Génération Foot et voilà le jeune footballeur aux rêves de grandeur paré pour conquérir le monde.

Mané, mot compte «triplés»

À 25 ans et après six années de présence dans la «Tanière», Sadio Mané traîne toujours les airs du petit bleu qui découvre un monde qu’il a pourtant fini de mettre à ses pieds. C’est peut-être là, le paradoxe du «Little big man» de Liverpool FC (Angleterre), capable de planter, en terre hostile, un triplé en huitièmes de finale de la prestigieuse Ligue des champions de l’Uefa, et de jeter la couverture sur ses coéquipiers, s’excusant presque d’avoir autant brillé. « Bien sûr, je suis content d’avoir marqué trois buts mais ce sont mes coéquipiers qui m’ont aidé à réaliser cette performance, sans eux, je ne suis rien. On va essayer de faire aussi bien au retour. » Ainsi parlait-il le 14 février dernier après avoir fait chavirer des cœurs un soir de Saint-Valentin avec trois buts inscrit au stade du Dragon de Porto pour festival (5-0) de Liverpool. A y voir de près, les triplés, c’est un peu son dada, tant il a réussi à établir un lien particulier en en réalisant de retentissants. Quatrième joueur de Liverpool à marquer trois buts dans un match de Ligue des Champions (après l’Anglais Michael Owen en 2002, l’Israélien Yossi Benayoun en 2007 et le Brésilien Philippe Coutinho en 2017) et surtout tout-premier Sénégalais à réussir une telle performance, Sadio Mané est également auteur du record du triplé le plus rapide de l’histoire de la Premier League anglaise, alors qu’il évoluait sous les couleurs de Southampton, le 16 mai 2015 face à Aston Villa (2 minutes 56 secondes, écart entre le premier et le troisième but, battant le record de 4 minutes 33 secondes de Robbie Fowler, en 1994). En Autriche, où il a également évolué sous les couleurs du Red Bull de Salzbourg, Sadio Mané y est aussi allé de ses triplés. Un premier, inscrit le 31 octobre 2012 deux mois après ses débuts, lors d’une victoire (3-1) à Kalsdorf, en coupe nationale, un deuxième à peine un an plus tard (le 27 octobre 2013), son premier en championnat, lors d’une nouvelle victoire (3-0) à l’extérieur, face à Grödig, puis un autre le 7 mai 2014 pour une balade à domicile lors de sa dernière saison dans une Bundesliga autrichienne conquise avec 45 buts et 29 passes décisives en 87 matchs sous le maillot de la franchise, propriété de la célèbre marque de boisson énergisante. Décisif quasiment chaque match, Sadio Mané était devenu beaucoup trop imposant pour le championnat autrichien dont il a remporté le titre lors des deux saisons (2012-2013 et 2013-2014) qu’il y a disputées, en plus de la Coupe nationale en 2014.

De 2,6 milliards à 25 milliards F CFA, un investissement toujours très vite rentabilisé

Prêt pour le grand saut, le joueur de poche (1,75m) s’engage, le 1er septembre 2014, en faveur de Southampton, dans la prestigieuse ligue anglaise. Dans la transaction, Red Bull de Salzbourg encaisse un gros chèque de 15 millions d’euros (près de 10 milliards F CFA), une fortune, comparée au montant près de quatre fois inférieur, déboursé deux ans plutôt pour l’attirer du Fc Metz. En effet, en 2012, Sadio Mané est vendu par le club messin, relégué en National 1 (équivalent de la 3e division française), au prix de 4 millions d’euros (environ 2,6 milliards F CFA), ce qui fut, à l’époque, la troisième plus grosse vente du club. A Southampton, l’international sénégalais se fait une spécialité : briller contre les grosses écuries de la Premier League. Pourtant, Sadio Mané était parti pour être « un remplaçant important », un joueur présent pour assurer la rotation, acheté pour compléter l’effectif après le départ de Rickie Lambert… pour Liverpool, quelques mois plus tôt. Mais, sans complexe, le Sénégalais, qui depuis ses débuts, n’a jamais fait plus de deux saisons dans un club européen, se montra indispensable pour les «Saints». 10 buts et 3 passes décisives en 32 rencontres la première saison, 15 banderilles, dont le fameux triplé record, et 7 offrandes en 43 matchs la suivante, et des victimes qui émargent dans le «Big Six», telles que Chelsea, Arsenal, Manchester City… Suffisant pour qu’un des géants vienne toquer à la porte des dirigeants de Southampton pour le recruter.

Bourreau des gros

C’est Liverpool qui remportera le lot pour la somme record de 36 millions d’euros hors bonus (environ 23,6 milliards F CFA) pour un contrat de cinq ans, faisant de lui le transfert le plus cher de l’histoire pour un footballeur sénégalais, le cinquième pour un footballeur africain. Un investissement très vite rentabilisé. Comme dans ses clubs précédents, Sadio Mané s’illustre très vite avec le maillot des «Reds». Dès son premier match, il annonce la couleur en offrant les trois points (4-3) aux siens face à Arsenal, marquant le but de la victoire. A la fin de cette première saison à Anfield Road, mythique stade de Liverpool FC dont le kop lui a déjà concocté une chanson à sa gloire, Mané est sacré meilleur joueur du club pour lequel il inscrit 13 buts et 7 passes décisives malgré quelques absences pour cause de blessure qui stoppent son compteur à 29 matchs disputés en club. La saison qui suit, c’est-à-dire celle en cours, l’international sénégalais est resté dans les mêmes standards, avec déjà 12 buts et 7 passes décisives en 28 matchs avec Liverpool. Mais il n’y a pas que ça. Avec la sélection nationale aussi, il connaîtra la consécration en participant activement à la qualification du Sénégal à la deuxième de son histoire, 16 ans après l’épopée de 2002. Une belle occasion pour effacer de sa mémoire la grande désillusion de la Can 2017, au Gabon, pour lequel il reste encore très marqué par le penalty qu’il a raté en quart de finale face au Cameroun. Ce sentiment de revanche devrait sans doute l’animer en Russie, quand il foulera le stade du Spartak Moscou, avec la ferme volonté de porter sur ses épaules les ambitions de tout un peuple qui attend de lui qu’il réalise, sous le maillot national, des prestations à la hauteur de celles qui enchantent l’Europe. Pour ça, il lui faut sans doute avoir conscience qu’il est devenu un joueur de classe mondiale. Car, en prenant une nouvelle dimension dans un club de grande envergure, SuperMané a tous les atouts pour jouer au super héros du Sénégal. Mais, même en rendant naturel l’extraordinaire, il restera antistar. Sadio Mané est fait de ce bois. Qu’importe si cela finit par se retourner contre lui.

LA BIO EXPRESS DE SADIO MANE

Etat-Civil : Né le 10 avril 1992 (25 ans) à Sédhiou – Sénégal

Taille : 1,75 m

Meilleur pied : droit

Poste : Ailier / Attaquant

Club actuel : Liverpool

Parcours : Formé à Génération Foot – Fc Metz (France, 2010-2012), Red Bull Salzbourg (Autriche, 2012-2014), Liverpool (Angleterre, 2014-2016)

Sélections : 49 sélections, 14 buts et 10 passes décisives.

Première sélection : 25 mai 2012, match amical Maroc – Sénégal à Marrakech (0-1, but de Moussa Konaté)

Premier but en sélection : 2 juin 2012, éliminatoires Mondial 2014, Sénégal – Liberia (3-1, buts d’Ibrahima Baldé, Dame Ndoye et Sadio Mané)

Palmarès : Quart de finaliste des JO de Londres 2012 – Champion d’Autriche (2013 et 2014) – Vainqueur de la Coupe d’Autriche (2014) – 2 fois sur le podium du Ballon d’Or Africain (2016 et 2017) – quatre fois Ballon d’Or sénégalais (2014, 2015, 2016, 2017).