Au moment où Didier Deschamps se cherche un deuxième arrière droit pour accompagner le Monégasque Djibril Sidibé à la prochaine Coupe du Monde Russie 2018 (du 14 juin au 15 juin 2018), Youssouf Sabaly, champion du monde U20 en 2013 avec la France, aurait pu se construire une carrière en Bleu à côté de ses anciens coéquipiers bleuets comme Paul Pogba (Manchester United), Alphonse Aréola (Paris Saint-Germain), Florient Thauvin (Marseille) ou Samuel Umtiti (Fc Barcelone). Finalement, c’est en position de titulaire quasi indiscutable qu’il jouera cette compétition, mais sous d’autres couleurs : celle de son pays d’origine, le Sénégal.

Ce n’est qu’au mois de novembre dernier que son destin a viré du Bleu au Vert-Jaune-Rouge. Youssouf Sabaly a ainsi rejoint la « Tanière », après avoir fait ses classes dans les sélections de jeunes de la France, des U17 aux U20. Deux mois plus tôt, c’est lui-même qui, au détour d’un match avec les Girondins de Bordeaux (Ligue 1 française) annonce son choix d’évoluer désormais pour le Sénégal après mûre réflexion. « Je suis plutôt Lion que Coq, lance-t-il, avec le sourire, aux journalistes au courant des contacts entre le joueur et les dirigeants de la « Tanière ». Quand le sélectionneur (Aliou Cissé) décidera de m’appeler, selon mes performances, il n’y aura pas de problème. Je l’avais eu l’année dernière et pour des raisons personnelles j’avais dit que je préférais attendre. Maintenant, j’ai trouvé une stabilité, donc je peux me permettre de me projeter vers l’équipe nationale du Sénégal. » Il n’en fallait pas plus pour qu’Aliou Cissé lui tende la perche, lui qui a longtemps démarché le joueur pour résoudre une partie de ses soucis au poste des latéraux. Ainsi, même déclaré blessé par son entraîneur en club, Jocelyn Gourvennec, le jeune (25 ans) Sabaly sera retenu pour la première fois le 19 septembre 2017, au même titre qu’un autre ancien Bleuet, Mbaye Niang, pour la double-confrontation contre l’Afrique du Sud, comptant pour les dernières journées du troisième tour des éliminatoires du Mondial 2018. Le Sénégal en position idéale de se qualifier avant ces deux rencontres, c’est donc pile le moment idéal pour se montrer et faire partie de l’aventure. Une chance que le binational savourera d’entrée. Titularisé à Polokwane à l’aller, il réalise une prestation solide et convaincante, participant activement (90 minutes disputées, 4 dégagements, 2 interceptions, 4/7 duels gagnés, 100% de dribbles réussis, 66% de passes réussies) à la précieuse victoire (2-0) des « Lions » et nullement gêné par le fait d’avoir évolué à gauche, lui le droitier. En l’absence de Saliou Ciss sur le banc, et d’Adama Mbengue, blessé et absent de la liste, le Bordelais a vite convaincu. Quatre jours plus tard, Youssouf Sabaly enchaîne avec la manche retour, à Dakar, également remportée par le Sénégal (2-1) pour la validation du ticket qualificatif à la prochaine Coupe du Monde Russie 2018. Egalement présent lors des derniers matchs amicaux du mois de mars, Sabaly a évolué, face à la Bosnie (0-0) dans le couloir droit pour la première fois avec le Sénégal, s’offrant ainsi en véritable alternative au sélectionneur des « Lions », grâce à une polyvalence qui lui donne déjà une assurance d’être dans le onze-type après trois sélections seulement.

Formation au Psg, après un choix entre foot, basket et judo

Né le 5 mars 1993 à Chesnay, une commune française située dans le département des Yvelines en région parisienne, Youssouf Sabaly a dû faire un choix à l’âge de 13 ans : abandonner le tatami et le parquet pour se lancer définitivement sur les pelouses. Jusqu’à cet âge, le gamin de Saint-Cloud (ville française où il a grandit, à 12 kilomètres de Paris) jonglait entre la pratique du judo, du basket-ball et du football. Le choix se fait quand le prestigieux centre de formation du club phare de la capitale française lui ouvre ses portes en 2003, alors qu’il n’a que 10 ans. Là, il fait ses classes jusqu’à intégrer la sélection nationale des moins de 17 ans de la France avec laquelle il dispute la demi-finale de l’Euro 2010 de la catégorie. « Au PSG, j’ai la chance d’avoir suivi une excellente formation et une scolarité qui n’aurait peut-être pas été la même si j’étais resté à La Celle-Saint-Cloud », se souvient Sabaly. Malheureusement, se ferment à lui les portes de l’équipe première d’un PSG entré dans une autre galaxie avec l’arrivée d’investisseurs qataris et d’un effectif encore plus dense à tous les niveaux. Aux nombreuses interrogations sur son intégration dans le vestiaire des pros qui tarde malgré le fait qu’il ait signé son premier contrat professionnel en 2013, le joueur a sa petite explication, dans une période où le Psg perd plusieurs jeunes joueurs là de se voir bloqués en équipe réserve. « Mes blessures m’ont un peu freiné mais j’ai bien travaillé pour revenir. C’est sûr, il est devenu plus difficile de percer au club aujourd’hui, mais on le voit avec Adrien Rabiot, il y a encore de la place pour les jeunes au PSG. En tout cas, je me dois d’y croire » disait-il alors quelques mois avant de parapher son premier contrat professionnel. S’il a plusieurs occasions de montrer l’étendue de son talent à l’entraîneur italien Carlo Ancelotti, qui venait régulièrement observer la réserve parisienne en plus de l’inviter de temps à autre aux séances de l’équipe A, Youssouf Sabaly ne bénéficiera toujours pas de sa confiance pour jouer, même si le club ne veut pas le lâcher. S’en suit alors une série de prêts pour lui permettre de continuer sa progression

De prêt en prêt

C’est d’abord à Evian-Thonon Gaillard, sous les ordres de Pascal Dupraz, que Sabaly sera prêté pour la première fois le 29 juillet 2013. Deux petites semaines plus tard, il effectue enfin ses débuts en Ligue 1, face à Sochaux, le 10 août 2013, titulaire sur le flanc gauche de la défense. Au bout de la saison, il participe à 36 des 38 journées du championnat, tous en tant que titulaire, adresse deux passes décisives et s’offre même une petite revanche sur le destin en venant à bout du Paris Saint-Germain, le 4 décembre 2013, pour une victoire (2-0) historique à la David contre Goliath, qui porte également l’empreinte d’un certain Pape Modou Sougou, un des deux buteurs du match. Sa première saison réussie à tous égards, Youssouf Sabaly voit son prêt à Evian renouvelé. Là aussi, rebelote. Face à l’ogre parisien, le club savoyard se survolte encore et décroche un nul (0-0) de prestige. Et, contrairement à la saison précédente qu’il a intégralement disputée à gauche, cette fois-ci, Sabaly retrouve peu à peu son côté de prédilection, la droite. En fin de saison, son compteur affiche 32 matchs toutes compétitions confondues, pour une passe décisive. Le Psg le récupère… pour le prêter à nouveau au Fc Nantes, un autre club de Ligue 1, le 30 août 2015. Chez les « Canaris », la mue de la gauche vers la droite se complète. Pour la première fois, il joue davantage à droite (24 matchs) qu’à gauche (6 matchs) et le résultat est plutôt positif. Sabaly marque même ses deux premiers buts en pro de sa carrière, respectivement le 17 octobre 2015 face à Troyes et le 16 janvier 2016 face à Guingamp, en plus d’une passe décisive, le tout dans la position d’arrière droit. A la fin de la saison, il retourne au Camp des Loges du PSG, juste le temps de valider un énième prêt sans option d’achat, cette fois en faveur des Girondins de Bordeaux.

Stabilisation à Bordeaux

A Bordeaux, Youssouf Sabaly entame une troisième saison en Ligue 1. Son expérience s’épaissit et il commence à se résoudre à faire son chemin loin du PSG. Là, dans une équipe plus ambitieuse que Nantes et Evian, il réalise sa meilleure saison en enchaînant les foulées à droite et en se révélant de plus en plus précis dans la dernière passe. Avec 5 passes décisives en 30 matchs de Ligue 1, il compte alors parmi les défenseurs les plus prolifiques du championnat français. Satisfait de son rendement, Bordeaux ne le laissera pas retourner dans la capitale et lui propose, le 30 juin 2017, un contrat de 5 ans qui le libère définitivement du Paris Saint-Germain. C’est donc durant cette saison en cours que Sabaly joue pour la première fois sans être en position de prêté et déjà, en 28 titularisations il compte quatre passes décisives en Ligue 1, dont une face à son ancien club, le Fc Nantes. Par la même occasion, il découvre l’Europa League (élimination au 3e tour préliminaire) et la sélection nationale du Sénégal. Pour une histoire qui n’est pas prête de s’arrêter si tôt…

 

LA BIO EXPRESS DE YOUSSOUF SABALY

Etat-Civil : Né le 5 mars 1993 (25 ans) à Chesnay – FRANCE

Taille : 1,74 m

Meilleur pied : droit

Poste : Arrière droit/arrière gauche

Club actuel : Girondins de Bordeaux (France)

Parcours : Formé au Paris Saint-Germain (France, 2003-2013) – Evian (prêt, 2013-2015) – Nantes (prêt, 2015-2016), Bordeaux (prêt, 2016-2017), Bordeaux (transfert définitif, depuis 2017).

Sélections : 3 sélections.

Première sélection : 10 novembre 2017, éliminatoires Mondial 2018, Afrique du Sud – Sénégal (0-2, buts de Diafra Sakho et csc de Mkhize).

Palmarès : Champion du monde U20 avec la France (2013).