Un soir de 14 mai 2011 au Stade Saint-Denis, Lille bat le Paris Saint-Germain (1-0) en finale de Coupe de France. Moussa Sow exulte, soulève le trophée en serrant l’étendard du Sénégal et s’illustre avec un sourire rageur qui traduit bien plus que la victoire des Dogues sur le club de la capitale française. Au milieu des cris de joie et à sa manière, il venait de répliquer à l’affaire des quotas au cours de laquelle son nom avait été cité, trois mois plutôt, suite à son choix de jouer pour le Sénégal, le pays d’origine de ses parents.

«C’est un grave problème, on ne peut pas continuer comme ça. Il y a des joueurs qui font l’équipe de France U16, U17, U18, U19, U20, U21, qui font même l’équipe de France A, puisque quand on fait un match non officiel ça ne compte pas, et qui au dernier moment choisissent leur pays d’origine », avait déclaré Laurent Blanc, alors sélectionneur des Bleus, fin février 2011 sur le plateau de Canal +. L’entraîneur français ne s’était pas arrêté là et avait demandé des mesures contre la fuite des talents. «Notre travail à nous, à la DTN plus particulièrement, c’est d’essayer de leur faire faire un choix, pas facile, en amont. C’est-à-dire dès le plus jeune âge, d’essayer de faire en sorte pour ces joueurs-là, quand ils revêtent le maillot de l’équipe de France à 16, 17, 18 ans, que ce soit un choix définitif. Ce n’est pas gagné. C’est un grave problème pour le football français, et il n’y a rien à faire, les lois sont contre nous.» Dans le viseur du champion du monde 98, il y a évidemment les binationaux, et Moussa Sow, fringant meilleur buteur (25 buts, devant Gameiro) du championnat remporté par son équipe, Lille, est en première ligne. La pilule était d’autant difficile à avaler pour Blanc.

A l’origine de l’affaire des quotas

Pur produit de la formation française et sorti de l’Institut national du football (INF Clairefontaine), le Sénégalais fait partie de la brillante génération 1986 championne d’Europe 2005 des moins de 19 ans (avec Hugo Lloris, Yoann Gourcuff, Abou Diaby…). Il aurait été probablement sélectionné par Laurent Blanc… s’il n’avait opté pour le Sénégal en 2009, faisant une croix définitive sur les Bleus. Pendant plusieurs mois, le sujet occupe le devant de l’actualité sportive française et suscite de vives réactions. L’affaire des «quotas» était née, l’histoire de Moussa Sow avec sous le maillot des «Lions» avec.

Deux ans plutôt (le 12 août 2009), l’attaquant, alors âgé de 23 ans, 6 mois et 23 jours étrennait sa première sélection avec l’équipe nationale du Sénégal lors d’un match amical face à la RD Congo (victoire 2-1). Titularisé par Amara Traoré, le natif de Val Fourré à Mantes-la-Jolie (Yvelines) dispute toute la rencontre et montre des choses intéressantes, même s’il ne marque pas pour son baptême du feu. Un an plus tard, le 5 septembre 2010, il ouvre son compteur en éliminatoires de la CAN 2012 sur le terrain de la… RD Congo (victoire 2-4). Presque un mois après ses débuts sous le maillot du Sénégal, il récidive en y allant avec son but face à l’Ile Maurice (7-0), à Dakar, pour ce qui demeure à ce jour la plus large victoire des «Lions» à domicile.

Loin de se laisser faire, Moussa Sow apportait la réplique. «Chacun est libre de faire son choix. Le mien, c’est un choix du cœur que je ne regrette pas. J’ai joué en équipe de jeunes en France et j’ai gagné un trophée. Mais après, j’ai décidé de choisir le pays de mes parents pour y jouer. J’en ai longtemps rêvé et je suis fier de ce choix. Dans ma famille, on me demandait de jouer pour le Sénégal», confiait à l’APS Moussa Sow qui formait à l’époque avec Demba Ba, Papiss Demba Cissé, Mamadou Niang, Mame Biram Diouf et Dame Ndoye l’armada offensive la plus impressionnante du continent. Passé par Sedan et demi-finaliste de la Coupe de France en 2007 avec les Sangliers (Ndlr : il avait été prêté par Rennes), puis finaliste dans la même compétition en 2009, Moussa Sow a étoffé son palmarès sur les rives du Bosphore : vainqueur de la Coupe de Turquie (2012 et 2013), celui de la Supercoupe (2014) et champion de Süper Lig (2014) avec Fenerbahçe. Un parcours qui lui a permis de bâtir un des plus riches palmarès de l’histoire pour un joueur sénégalais.

Le plus titré de tous

Et en 9 ans en équipe nationale, il compte 50 sélections et 18 buts avec le Sénégal, dont un dernier doublé contre la Guinée-Equatoriale (victoire 3-0, le 10 juin 2017) au stade Léopold Sédar Senghor. Auteur d’un but (victoire contre le Cap-Vert, 2-1, le 8 octobre 2016) et d’une passe décisive (contre l’Afrique du Sud, 2-1, le 14 novembre 2017), il a aussi joué sa partition dans la campagne des éliminatoires pour la Coupe du Monde. Sentant le risque de manquer le Mondial 2018, il opte de quitter les Emirats arabes unis pour un prêt dans le championnat turc en posant ses baluchons à Bursaspor. La méthode est payante avec 4 buts en 11 matches dont 635 minutes en Süper Lig entre janvier et mai, décrochant ainsi le sésame qui ouvre la porte de la Tanière dont il est, à 32 ans, le deuxième joueur le plus âgé (derrière Khadim Ndiaye, 33 ans) mais sans doute le plus titré. Sa sélection sonne comme une juste récompense pour un joueur qui avait montré la voie en snobant la France pour son pays d’origine alors qu’il était au sommet de son art.

 

Moussa Sow

Etat-Civil : Né le 19 janvier 1986 (32 ans) à Mantes-la-Jolie (France)

Taille : 1,80 m

Meilleur pied : droit

Poste : Avant-centre

Club actuel : Bursaspor en prêt d’Al Ahli Dubai depuis janvier 2018 (Turquie, 20 matchs, 5 buts cette saison avec Bursaspor et Al Ahli).

Formation : Fc Mantes, Amiens, Rennes.

Clubs précédents : Al Ahli Dubai (EAU, depuis 2015), Fenerbahce (Turquie, prêt 2016-2017), Fenerbahce (Turquie, 2012-2015), Lille (France, 2010-2012), Stade Rennais (France 2004-2010), CS Sedan (France, prêt 2007-2008).

Sélection : 50 sélections, 18 buts, 3 passes décisives

Première sélection : le 12 août 2009 en France, match amical Rd Congo – Sénégal (1-2, doublé de Papiss Cissé),

Premier but en sélection : le 5 septembre 2009 à Lubumbashi, éliminatoires Can 2010 Rd Congo – Sénégal (2-4, but de Sow et triplé de Mamadou Niang)

Palmarès : Champion de France (2011) – Vainqueur Coupe de France (2011) – Champion de Turquie (2014) – Vainqueur Coupe de Turquie (2012 et 2013) – Vainqueur Supercoupe de Turquie (2014) – Champion des Emirats arabes unis (2016) – Champion d’Europe U19 (2005) – Meilleur buteur de L1 (2011) – Ballon d’Or sénégalais (2011).