Découvert sur le tard, Cheikh Ndoye s’est invité au banquet du football avec un timing très loin du créneau classique. Le natif de Rufisque, qui a débuté au haut niveau à l’heure où la majorité des footeux commencent à songer à l’après-carrière, entend bien s’appuyer sur son parcours atypique qui l’a toujours aidé à se voir décerner le costume de sage dans toutes les équipes par lesquelles il est passé, pour s’offrir une carrière déjà pas comme les autres.

Dans la «Tanière» qu’il a découverte en 2014, à 28 ans, Cheikh Ndoye fait office de sage. Le coéquipier consulté par tous, l’ancien qui tranquillise les plus jeunes et s’occupe du comité d’accueil des petits nouveaux. Sur le terrain, son mètre 92 rend de fiers services quand il est utilisé (buteur sur sa toute première sélection, passeur décisif sur sa première sélection en match officiel), sinon, il sait se satisfaire d’un statut ingrat de remplaçant et se montrer utile même pour gratter quelques secondes au besoin, comme pour ce but d’anthologie (son troisième en 18 sélections) lors de son entrée en jeu pour une minute contre le Cap-Vert, à Praia, en éliminatoires du Mondial 2018. Se contenter de ce que lui offre le destin, tel aura été le leitmotiv qui l’a accompagné tout au long d’une carrière commencée sur le tard mais qui pourrait connaître l’apothéose d’une Coupe du Monde après qu’il a brillamment participé à décrocher la qualification du Sénégal.

Les échecs comme escaliers

A l’heure où la tendance est la précocité, où des joueurs découvrent les exigences du haut niveau dès l’âge de 16 ans, Cheikh Tidiane Ndoye lui a comme pris le chemin inverse. Né à dans la mythique ville de Rufisque le 9 mars 1986, c’est 29 ans plus tard qu’il a enfin foulé, pour la première fois, une pelouse de première division d’un championnat européen. Ce samedi 8 août 2015, pour le compte de la toute première journée de la saison, au stade de la Mosson de Montpellier, Cheikh Ndoye découvre la Ligue 1 française sous le maillot du Sco d’Angers qu’il venait de rejoindre quelques jours plus tôt. Et, sur la pelouse, il fait partie des joueurs les plus âgés, avec son compatriote de l’équipe d’en-face, Souleymane Camara, qui lui, a fait ses débuts en Ligue 1 plus d’une décennie auparavant. Mais Cheikh Ndoye arrive sans complexe. Suffisamment expérimenté par son riche parcours fait de sueur et de sang pour ne pas se laisser emporter par l’émotion d’une première. Mieux, il guide même à la victoire (2-0) ses nouveaux coéquipiers d’un vestiaire qui lui a d’entrée laissé le brassard de capitaine, dès son arrivée, lui qui venait de Ligue 2, l’étage d’en-dessous. C’était là un signal fort du leadership que peut incarner Cheikh Ndoye. Un capitaine qui dirige par l’exemple plus que par les mots. Qui se sert de ses échecs pour construire sa réussite. Et qui s’est donc vu récompenser au bout de ses efforts.

Des échecs, Cheikh Ndoye en a connus. Mais jamais au point de rendre les armes. Pendant qu’il imposait sa carrure sur les terrains sablonneux du Sénégal, vêtu du maillot de l’ASC Yakaar, le jeune Cheikh Ndoye rêvait de rejoindre l’Europe où brillaient les «Lions» de la «Génération 2002». Le destin le fait croiser un de ceux-là, Salif Diao, qui est proche de clore une belle carrière de footballeur professionnel pour en ouvrir une autre, celle d’agent de joueurs. En faisant jouer ses relations, ce dernier lui dégote un premier essai à Stoke City où il a évolué durant les six dernières saisons de sa carrière. En deux semaines de 2007, Cheikh Ndoye n’aura pas eu assez de temps de s’acclimater et se montrer convaincant. Le test n’est pas concluant. Un premier échec qui en appellera d’autres. De retour au Sénégal, le chemin de l’aventure le guide vers l’Arabie Saoudite où il séduit. Mais ça tourne court quand une fracture vient briser le rêve du jeune joueur. Trois mois sous le plâtre et tout un chemin à reprendre. Beaucoup auraient tout mis sur le dos d’un chat noir et se laisser à l’abîme. Lui, il décide de se remettre et de remettre du cœur à l’ouvrage.

La reconnaissance, à la fin

En 2009, Salif Diao lui trouve un nouvel essai à Epinal, un des clubs de ses débuts. Dans ce club des Vosges qui évolue alors en National 2 (4e division française), Cheikh Ndoye posera ses pénates en compagnie de deux autres compatriotes, Ibrahima Seck et Christophe Diédhiou. Malgré une adaptation difficile au début, le passage est d’une grande réussite : trois saisons, 79 matchs et 16 buts, une participation active à la montée en National (3e division) mais surtout un solide statut de leader qui fait l’unanimité. En 2012, Cheikh Ndoye fait ensuite cap sur Créteil, autre club de National où sa réputation naissante ne souffre d’aucune friture au bout de trois saisons, 80 matchs disputés et 21 buts inscrits, mais surtout une accession en Ligue 2 dès 2013. Placé devant la défense, il fait bénéficier à son équipe de son gros volume de jeu, de sa présence physique imposante mais également d’une efficacité face au but plutôt impressionnante pour un joueur à vocation défensive. Auteur de 10 buts et 2 passes décisives lors de sa première saison en Ligue 2, Cheikh Ndoye intéresse de plus en plus de formation de Ligue 1 d’autant plus qu’il est convoqué en sélection du Sénégal dans la foulée pour un match amical contre la Colombie, mais il décide de poursuivre l’aventure avec Créteil en Ligue 2 pour une deuxième saison aussi réussie que la précédente (36 matchs, 11 buts), sanctionnée par une nomination pour les trophées UNFP et une présence dans l’équipe-type de la saison, en plus d’un statut de capitaine gagné en fin d’exercice. Cette fois-ci, impossible de le retenir. La Ligue 1 le réclame et c’est à Angers qu’il dépose ses valises, dans le casier du capitaine qui lui est réservé d’entrée. Un choix payant tant Cheikh Ndoye impressionne par son apport sur le terrain et la fraîcheur qu’il dégage en dehors, quand il évoque, la tête haute, son parcours peu ordinaire. La découverte de la Ligue 1 ne l’impressionne guère et il effectue deux saisons de toute beauté : une première à 10 buts et 4 passes décisives en 34 matchs toutes compétitions confondues, une deuxième à 6 buts et 6 passes décisives en 37 matchs. Pour enfin gagner le sésame d’un baroud d’honneur en Angleterre depuis juillet 2017 pour deux saisons, à la faveur de son engagement pour Birmingham qui se débat dans les rigueurs du Championship (deuxième division anglaise).

LA BIO EXPRESS DE CHEIKH TIDIANE NDOYE

Etat-Civil : Né le 29 mars 1986 (32 ans) à Rufisque – Sénégal

Taille : 1,92 m

Meilleur pied : Droit

Poste : Milieu de terrain relayeur

Club actuel : Birmingham depuis 2017 (39 matchs, 1 passe décisive, saison en cours).

Parcours : Formé à l’ASC Yakaar

Clubs précédents : Angers (2015 – 2017), US Créteil (2012-2015), Epinal (2009-2012).

Sélections : 18 sélections, 3 buts, 1 passe décisive.

Première sélection : Colombie – Sénégal, le 31 mai 2014 à Buenos Aires (Argentine).

Premier but en sélection : Colombie – Sénégal (2-2), le 31 mai 2014 à Buenos Aires (Argentine). Carlos Bacca et Teofilo Gutierrez pour l’Argentine, Cheikh Ndoye et Moussa Konaté pour le Sénégal.