Khadim Ndiaye est comme un phénix. En mieux. Lui, il a plusieurs vies. A 33 ans, alors qu’il y a quelques années, beaucoup avaient fini d’enterrer son parcours en sélection nationale, il est revenu sans faire de bruit. Et pendant que son statut de remplaçant ne faisait pas l’ombre d’un doute il y a un an, aujourd’hui, c’est dans la peau d’un titulaire qu’il se dirige droit vers une Coupe du Monde.

Emporté par son côté fantasque que le monde a découvert lors de la Can 2017, au Gabon et des éliminatoires de la Coupe du Monde, Khadim Ndiaye sera attendu comme une des grandes attractions en Russie. Il ne s’en cache pas. Son style détonne. Entre les croche-pieds qu’il se met pour tuer le temps quand son équipe mène au score et les déclarations d’après-matchs burlesques qu’il peut servir, le gardien de but du club guinéen Horoya AC et des « Lions » du Sénégal sait amuser la galerie. Mais il serait très réducteur de limiter Khadim Ndiaye à ce côté plutôt charmant qu’il incarne et assume. Non. Il est d’abord et surtout un excellent gardien de but, au parcours certes atypique, mais très riche.

Khadim Ndiaye se résume en un viatique : « Ne rien lâcher. » Comme un refrain, le joueur, qui a fait toutes ses classes dans le football local sénégalais, s’est toujours accompagné de cette volonté d’aller jusqu’au bout de ses rêves et de les poursuivre un peu partout. Né à Saint-Louis un jour de Magal de Touba, d’où son nom qui fait référence au vénéré guide religieux, c’est dans la région voisine de Louga qu’il grandit et voit démarrer sa belle histoire avec le ballon à la fin des années 80. Dépeint comme un garçon turbulent, « Mame Kha », né d’une mère athlète et d’un père basketteur a naturellement chopé le virus du sport qu’il a développé à un niveau plus poussé en commençant par martyriser les gardiens de but des équipes de quartier de la ville de Louga. Car à cette époque, le jeune Khadim Ndiaye évoluait encore au poste préféré des gosses de son âge : attaquant de pointe. Ainsi, à ses débuts dans le mouvement « navétanes », c’est en avant-centre qu’il se voit réaliser une carrière, jusqu’à ce que lors d’une finale avec l’Asc Hlm de Saint-Louis, après avoir ouvert le score, il se voit obligé de dépanner à un poste particulier, celui du gardien de but, pour remplacer le titulaire expulsé au cours de la rencontre. Le bilan est élogieux pour un débutant : deux penaltys arrêtés et un premier sacre à jamais dans les mémoires, de quoi le pousser à enfiler les gants pour toujours. Ce, d’autant plus que le président de l’Espoir de Saint-Louis, à la recherche d’un gardien pour son club, était dans le rang des spectateurs de cette première somme toute particulière. Ainsi naquit l’aventure d’un buteur dans les buts.

Victime de Samuel Eto’o

Pour le tout premier championnat professionnel de l’histoire du Sénégal, Khadim Ndiaye portera les couleurs de la Linguère de Saint-Louis, sa ville de naissance, sous les ordres de l’ancien international sénégalais Amara Traoré. Au bout de la saison, le club est sacré champion du Sénégal et Khadim, meilleur gardien du championnat. Alors, quand en 2010, Amara Traoré, déjà ancien entraîneur adjoint de l’Equipe nationale quatre ans plus tôt (demi-finaliste de la Can 2006, en Egypte), hérite du fauteuil de sélectionneur des « Lions », c’est tout naturellement que Khadim Ndiaye intègre la « Tanière ». Très vite placé dans la peau d’un titulaire, il essuie des critiques d’observateurs qui y voient la main de sa proximité avec le sélectionneur, fermant les yeux sur le talent brut mais manifeste du joueur et grossissant les traits sur ses moindres erreurs. Car Khadim Ndiaye sait aussi se montrer distrait. Lors des éliminatoires de la Can 2012, il débute par un résultat mitigé contre la République démocratique de Congo, à Lubumbashi. Le Sénégal remporte la partie en inscrivant quatre buts à l’extérieur, mais Khadim Ndiaye en encaisse deux pour le moins évitable. La faute à un manque de concentration manifeste du gardien. Pour sa première à Dakar, en réception de l’Île Maurice, il réalise un sans faute dans un match largement maîtrisé par les siens avec une victoire confortable (7-0) pour les débuts en match officiel avec les « Lions » d’un certain Papiss Cissé auteur d’un triplé. Mais Khadim Ndiaye le sait, ce n’est pas sur un tel adversaire qu’il est attendu, surtout après sa désinvolture à Lubumbashi. C’est la troisième journée qui servira de vrai test. Ce 26 mars 2011, le Sénégal accueille le Cameroun dans le véritable choc du Groupe E dont le leader prendra une bonne option sur l’unique ticket qualificatif à la Can 2012. Maintenu dans les buts malgré la clameur, Khadim Ndiaye devra faire face au redoutable Samuel Eto’o fils, sans doute un des meilleurs attaquants de l’histoire du football africain et champion d’Europe en titre avec l’Inter Milan d’alors (2010). Le face-à-face se termine par une victoire du Sénégal et, surtout, un bilan propre de Khadim Ndiaye qui n’encaissa pas le moindre but. Mais, de ce match, le public sénégalais retiendra surtout la grosse frayeur que le gardien de but lui causa en ayant le culot de tenter (et de réussir) un dribble sur la terreur Samuel Eto’o pour match couperet, dans un stade plein comme un œuf. S’il y eut plus de peur que de mal, ce geste lui sera difficilement pardonné. Khadim Ndiaye est alors catalogué comme un « fou » qui veut jouer avec les nerfs des fans. Il prend trop de risques, dit-on pour légitimer les critiques. C’est le début de la descente aux enfers. Le match suivant, au Cameroun pour la manche retour, il le regardera du banc. Son remplaçant Bouna Coundoul, moins fantasque et moins fantaisiste, assure l’essentiel et le Sénégal obtient un nul précieux en terre camerounaise qui lui assure sa qualification. La place de titulaire lui est promise et il la gardera même après une Can catastrophique du Sénégal en Guinée Equatoriale causant le limogeage du sélectionneur.

Plus fou, plus fantasque, mais plus exigeant

Pour sa part, Khadim Ndiaye fait même les frais de ce départ d’Amara Traoré qu’il présente comme celui qui l’a « créé en faisant de (lui) un international. » Fidèle, il le rejoint en Guinée après un exil manqué en Suède où Kalmar FF s’était offert ses services, sans succès, ainsi qu’un bref escale à Jaraaf sanctionné par une Coupe du Sénégal. En se posant au Horoya AC, en Guinée, Khadim Ndiaye s’est réinventé. Toujours aussi fantasque, mais plus exigeant, plus mature. Sans faire du départ en Europe une fin en soi, il réussit à redevenir un gardien de but intraitable dans les duels, à la relance toujours propre tout en gardant ce côté exotique qui fait la marque des grands. « Car un gardien de but a toujours besoin d’un peu de folie », comme disait l’ancien portier français champion du monde 1998 Fabien Barthez, celui à qui on le compare le plus souvent. Adulé en Guinée, le portier sénégalais redécouvre les joies des rencontres internationales à travers la Ligue des Champions de la Caf. Très vite, il fait l’unanimité dans tout le pays voisin et son retour en sélection du Sénégal ne soulève plus de polémique. Khadim Ndiaye est alors revenu sur la pointe des pieds quand Aliou Cissé l’a appelé. Mais la hiérarchie est définie au préalable. Le numéro un, c’est Abdoulaye Diallo. Mais Kha n’en a cure. Véritable joueur d’équipe aimé par ses coéquipiers, content d’être là quand on fait appel à lui et prêt à tout pour intégrer les nouveaux, il ronge son frein sur le banc et attend son heure. Il se signale d’abord lors du dernier match de poule de la Can 2017 au Gabon, face à l’Algérie et juste après ladite compétition, quand Abdoulaye Diallo se blesse en club. Là, « Mame Kha » fait mieux qu’assurer l’intérim. Il renait de ses cendres.

Etat-civil : né le 30 novembre 1984 à Saint-Louis

Taille : 1,85m

Poste : Gardien de but

Meilleur pied : droit

Club actuel : Horoya AC (Guinée) depuis 2013.

Parcours : Formé à Espoir de Saint-Louis

Clubs précédents : Casa-Sport (2007-2009), Linguère (2009-2012), Kalmar FF (Suède, 2012), Jaraaf (2013).

Sélections : 16

Première sélection : RD Congo – Sénégal (5 septembre 2010 à Lubumbashi), éliminatoires Can 2012.

Palmarès : Vice-champion du Sénégal (2008), Champion du Sénégal (2009), Vainqueur de la Coupe du Sénégal (2013), vainqueur de la Supercoupe de Guinée (2014), Champion de la Guinée (2015), sacré Nimba d’or (meilleur footballeur étranger du championnat de la Guinée en 2017)