Pour avoir fait ses classes au sein du prestigieux centre de formation catalan, Keita Diao Baldé a très vite été estampillé « Futur grand ». Mais le parcours du Lion n’aura jamais été un long fleuve tranquille. Ce produit de la Masia est tombé, tel un cheveu dans la soupe, dans un milieu plein de stéréotypes, avec la volonté de casser les codes et bousculer l’ordre préétabli. Comme un flic dans la mafia.

 

Keita Diao Baldé aurait pu jouer pour la Roja, aux côtés de grandes stars espagnoles de la trempe d’Isco (Real Madrid), David Silva (Manchester City) ou Iniesta (Fc Barcelone). Il aurait également pu devenir un des porte-drapeaux de la sélection régionale et indépendantiste de la Catalogne dont il a même défendu les couleurs lors d’un match de gala disputé le 26 décembre 2015, face à une sélection basque. Finalement, le jeune (22 ans) attaquant de l’As Monaco (Ligue 1, France) a opté pour le maillot de son pays d’origine. Longtemps démarché par l’équipe nationale du Sénégal, c’est finalement sous le magistère de Aliou Cissé que Keïta Diao Baldé a étrenné sa première sélection. Vendredi 4 mars 2016. Il y a deux ans, ”Coach Cissé” annonçait la sélection de ce joyau encore à polir, pour la réception du Niger, en match comptant pour les éliminatoires de la CAN 2017. Alors entré en jeu à moins d’une dizaine de minutes du coup de sifflet final, Keita Diao Baldé n’en demanda pas tant pour faire admirer son style. Vif, provocateur, fantasque, dribbleur… Le public du stade Léopold Sédar Senghor venait de se trouver un nouveau chouchou. Il lui aura fallu deux sélections supplémentaires pour inscrire son premier but sous le maillot des «Lions», en ouvrant le score face à la Namibie le 3 septembre 2016, à Dakar.

Des glaçons dans le lit d’un camarade

Aujourd’hui fort de trois buts et d’autant de passes décisives en seize (16) sélections après une première CAN disputée au Gabon, Keita Diao Baldé est devenu un joueur qui compte dans la «Tanière», même si son caractère trempé lui aura déjà valu quelques sanctions à peine voilées du patron des lieux, intransigeant sur les questions de discipline. Parce qu’il est peut-être là, le principal souci avec la nouvelle perle monégasque. Si son talent n’a jamais fait l’objet d’un moindre doute, son comportement lui a souvent joué des tours. D’abord à la Masia, le célèbre centre de formation catalan qui a produit l’essentiel des membres de la génération dorée du Fc Barcelone, qu’il a dû quitter à l’âge de 15 ans, après y avoir été admis six ans plus tôt. En cause, une série de désaccords, portant principalement sur son comportement qui, en 2010, avait d’ailleurs poussé le centre de formation à le prêter à Cornella, un modeste club de quatrième division. Une de ses fautes ? Avoir mis des glaçons dans le lit d’un camarade lors d’un stage au Qatar. « Il n’y avait pas eu que cette histoire », révèle-t-il, lors d’un entretien avec le quotidien français L’Equipe le 30 octobre 2017, même s’il admet que « certains comportements leur avaient déplu. Tu es jeune, et voilà, tu apprends de tout ce qui t’arrive. »

«Joueur le plus prometteur de la Masia»

Produit de cette pépinière et sacré, en novembre 2016, « joueur le plus prometteur » lors du 5e gala des étoiles du football catalan, Keita Diao Baldé garde pourtant de très bons souvenirs de son passage à la Masia qu’il considère malgré tout comme « le meilleur centre de formation du monde, parce qu’ils font attention à tout. Les études, la personne que tu vas devenir, l’éducation et le foot. Tout va ensemble. Tu peux être un phénomène sur le terrain, mais si tu n’es pas concerné par les études, tu ne passes pas. Ils te montrent le chemin, sur plein de choses. Par exemple, si tu dors à l’internat, tu dois faire ton lit tout seul. » Mais un point de non retour avait été atteint entre la Masia et le joueur qui n’a pas hésité à prendre le chemin de l’exil vers l’Italie à la fin de son prêt à Cornella.  « Comme j’avais été un peu déçu (par l’attitude du Barça), j’ai voulu continuer ma route comme je le sentais» s’explique-t-il, touché dans son orgueil. En rejoignant le côté bleu azur de Rome à 16 ans, Keita Diao Baldé était obligé de prendre son destin en main.

« Pour être joueur de foot, il faut un caractère fort… »

Très vite, son talent lui permit de gravir les échelons. Intenable en Primavera (compétition majeure des moins de 19 ans en Italie) avec l’équipe B de la Lazio Rome alors qu’il y était surclassé, il rejoint l’équipe A de la Lazio deux ans plus tard. La pige est concluante : KDB joue 25 matchs de Serie A et 10 de coupe au bout de la saison, inscrivant 6 buts et délivrant autant de passes décisives. La saison suivante, il reste sensiblement dans les mêmes standards (29 matchs, 4 buts, 2 passes décisives) avant d’exploser à la face des fans du championnat italien à partir de 2015. Cette saison-là (2015-2016), Keita Diao Baldé joue une trentaine de matchs de Serie A (31 matchs, 4 buts et 2 passes décisives), découvre la Ligue des Champions et la Ligue Europa, et étrenne sa première sélection en Equipe nationale du Sénégal. La saison suivante, celle de la CAN 2017 au Gabon, il place la barre encore plus haut : 31 matchs de Serie A, 10 sélections, mais surtout 16 buts dans le championnat italien et ses trois premiers buts sous le maillot du Sénégal. Le garçon a pris date. Il est dans les starting-blocks des plus grands espoirs du football mondial et son nom coché sur les petits carnets des très grands clubs européens comme la Juventus, l’Inter Milan, l’As Monaco ou Tottenham. Et là, son caractère trempé refait surface. Désireux de quitter la Lazio pour répondre aux sirènes des grands d’Europe, le jeune international sénégalais va au bras de fer avec ses dirigeants.  L’affaire tirera en longueur et finira par profiter à l’As Monaco qui le recrute à l’été 2017, dans les dernières heures du mercato, pour un montant de 30 millions d’euros (environ 20 milliards F CFA). Satisfait du dénouement, il assume son choix malgré les complaintes du côté laziale : « Pour être joueur de foot, il faut un caractère fort. Je ne regrette aucun des choix que j’ai faits jusqu’ici. Je suis arrivé en équipe première à dix-huit ans, et aujourd’hui je suis dans un grand club (l’As Monaco) qui m’a pris à 30 millions d’euros. Peut-être que si j’étais retourné au Barça je n’en serais pas là. » En attendant, c’est Monaco qui se satisfait pleinement de ses choix.

A croire que son fort caractère est comme une seconde peau. Même sous le maillot national qu’il n’a commencé à arborer que depuis deux ans, Keita Diao Baldé ne se dérobe pas, quitte à se frotter au tout autant caractériel entraîneur, Aliou Cissé. Comme un gagneur qui croise un autre. Mais, au-delà de toute autre considération, il s’agira surtout de tirer le meilleur d’un jeune joueur ambidextre, capable d’évoluer sur un côté comme dans l’axe, en attaquant de soutien comme en pointe, avec une qualité de dribble (il en réussit par match en moyenne deux sur trois tentés) et dont la folie autorise des rêves de grandeur. A n’en point douter, son talent peut faire le bonheur de tout un peuple avide de succès. Car c’est un produit de la Masia. Mais pas que !

LA BIO EXPRESS DE KEITA DIAO BALDE

Etat-Civil : Né le 8 mars 1995 à Arbucies (Catalogne) – Espagne

Taille : 1,84 m

Meilleur pied : Ambidextre

Poste : Ailier / Attaquant

Club actuel : AS Monaco (30 matchs, 8 buts et 10 passes décisives, série en cours).

Parcours : Formé au Fc Barcelone (2004-2011)

Clubs précédents : UE Cornella (Espagne, 2010-2011, en prêt), Lazio (Italie, 2011-2013)

Sélections : 16 sélections, 3 buts et 3 passes décisives.

Première sélection : 26 mars 2016 à Dakar, Sénégal – Niger, Élim. Can 2017 (2-0, buts de Mohamed Diamé et Oumar Niasse)

Premier but en sélection : 3 septembre 2016, eliminatoires Can 2017, Sénégal – Namibie (2-0, buts de Keita Baldé et Famara Diédhiou)

Palmarès : Finaliste de la Coupe d’Italie (2017).