Kalidou Koulibaly aurait pu ne jamais devenir footballeur professionnel. Il a fini par avoir des fans bien particuliers : en tête, l’un des meilleurs joueurs de l’histoire, l’Argentin Diego Maradona. Et pas que ! Zoom sur la trajectoire bien particulière d’un K pratique.

DIEGO MARADONA, LE FAN ABSOLU

Être adoubé par Maradona, ce n’est pas donné à tous les joueurs. Kalidou Koulibaly a eu ce privilège il y a deux ans, et en mieux. L’icône argentine, d’habitude très avare en compliments, s’est alors montré dithyrambique envers le défenseur central de Naples, son ancien club : « Koulibaly est un phénomène, il a été le meilleur joueur de Serie A. S’il avait été blanc, il jouerait pour le Real Madrid ou le FC Barcelone. » Mais El Pibe de Oro ne s’en est pas arrêté là. Il a demandé au magasinier du club de lui ramener le maillot de Kalidou Koulibaly. Et c’est l’international sénégalais lui-même qui raconte l’anecdote : « En fait, il a demandé à un magasinier du club de lui récupérer un de mes maillots. Bien sûr, moi, je ne l’ai pas cru ! Je lui ai dit que s’il voulait mon maillot, je lui donnais sans problème, mais qu’il n’avait pas besoin d’inventer des bêtises comme ça. Trois jours après, Maradona m’envoyait une photo pour me remercier ! J’étais aux anges… Ça m’a fait super plaisir. Ça prouve bien que tout est possible dans la vie ! »

En vérité, Kalidou Koulibaly lui-même est mieux placé que quiconque pour savoir que « tout est possible dans la vie » car sa vie lui aura réservé une série de surprises et de rebondissements à un enchaînement digne d’un scénario hollywoodien. Très tôt entré dans l’univers du football, il intègre à l’âge de huit ans, le centre de formation de son Saint-Dié natal, en Lorraine (Nord-Est de la France). Le b.a.-ba maitrisé, Koulibaly migre, à l’âge de 13 ans, vers le centre de formation du Fc Metz, club phare de la zone pour parfaire ses gammes. Mais l’aventure tourne court quand, deux ans plus tard, le jeune apprenti footeux est jugé pas assez prêt et donc se voit obligé de retourner au centre de ses débuts. Pour lui, tout s’effondre, tel un château de cartes et le choix est déjà à faire entre tout recommencer ou renoncer. L’idée d’abandonner fait plus que lui effleurer l’esprit, surtout que le football semble le dégoûter au point de passer au second plan, derrière les études. « À ce moment-là que j’ai compris que le foot, ça devait être une passion. J’ai donc décidé de tout miser sur les études. Pour moi, l’important, c’était d’avoir mon BAC. Le foot, c’était devenu secondaire. »

Le sésame en poche, l’amour pour le ballon revient à la surface. Finalement, il décide de se remettre à l’ouvrage, en reprenant le chemin du Fc Metz. Cette fois-ci, pour aller de l’avant.

Quand il revient à Metz, Koulibaly a 18 ans et le BAC en poche. Il est encore très jeune, mais a déjà connu l’échec et côtoyé, pendant les trois précédentes années, des adultes qui n’avaient pas la même perception du football que ceux qu’il croisera dans le centre de formation messin. « Psychologiquement, ça m’a forgé. Jouer avec des pères de famille, des gars qui viennent à l’entraînement le soir après avoir passé la journée à travailler, ça m’a transformé. Les centres d’intérêts aussi ne sont pas les mêmes : quand à 16-17 ans, tu parles avec des mecs qui ont 30 ou 40 ans, qui ont déjà des enfants, ce ne sont pas les mêmes discussions. J’ai grandi plus vite à ce moment-là. Et niveau football, je m’épanouissais pleinement. » Le déclic est trouvé. La formation affinée, Koulibaly brille avec l’équipe B du Fc Metz qui réalise le doublé Coupe Gambardella – Championnat CFA 2 en 2010 et intègre l’équipe professionnelle dès le début de la saison suivante pour ses premiers pas en Ligue 2 française. Deux saisons et une quarantaine de matchs plus tard, Koulibaly est devenu un taulier chez les Grenats et sa dimension devient même trop grande pour le club relégué en National en 2012. C’est donc Genk, en Belgique, qui profite de l’occasion en lui tendant la perche pour la modique somme d’un million et demi d’euros (environ 1 milliard F CFA). Il y fera deux années convaincantes à côté d’un certain Serigne Modou Kara Mbodji. Il y dispute près de 100 matchs et y affine ses qualités. Déjà présent dans les duels, rapide, très puissant, sa relance se défait peu à peu de ses fioritures. C’est donc naturellement qu’il tape dans l’œil de techniciens au-delà de la Belgique. En Italie, un illustre entraîneur espagnol est séduit et s’implique grandement pour séduire le franco-sénégalais.

RAFA BENITEZ, LE COUP DE FIL

Koulibaly n’avait pas cru que Maradona avait demandé son maillot. Deux ans auparavant, il n’avait pas non plus cru qu’un certain Rafael Benitez avait composé son numéro belge pour le convaincre de le rejoindre à Naples. «Je lui ai raccroché deux ou trois fois au nez, se remémore-t-il. Je n’y croyais pas, je pensais que c’était un ami qui me faisait une blague… Puis finalement, c’était vrai. Après coup, par contre, j’étais super gêné. Je me trouvais un peu bête. Je n’arrêtais pas de lui dire que j’étais désolé. Mais je ne m’y attendais tellement pas… Son coup de fil, ça a été un déclic. Ça a capoté, mais il ne m’a pas lâché. Six mois plus tard, il est revenu à la charge. C’était un signe fort.» Alors que le transfert était prévu à l’hiver 2014, il se réalisera cinq mois plus tard, le 19 mai 2014, pour un montant plus de cinq fois supérieur au prix auquel Genk l’avait acquis deux ans plus tôt : huit millions d’euros (environ 5,2 milliards F Cfa). A l’école de Benitez, dans le championnat où défendre est érigé au rang d’art, la progression de Koulibaly ne sera que très fulgurante. Il en est conscient : «C’est pile ce dont j’avais besoin. Pour un défenseur, il n’y a pas meilleur endroit que l’Italie pour les notions tactiques. J’ai énormément progressé de ce point de vue-là.» À ce rythme, le joueur devient très convoité, autant par les grands clubs… que par les sélections. Car, si jusqu’ici il n’avait connu que l’Equipe de France des moins de 20 ans (11 sélections, finaliste du Tournoi de Toulon en 2011 et demi-finaliste de la Coupe du Monde U20 la même année), en 2015, Koulibaly répondra finalement à l’appel du Sénégal dont il avait décliné l’invitation pour prendre part aux éliminatoires des Jeux Olympiques de 2012.

CISSÉ, LE BON NUMÉRO – DESCHAMPS, LE COUP MANQUÉ

L’insistance des différents sélectionneurs des « Lions » entre 2011 et 2015 aura fini par payer et Koulibaly étrennera sa première cape le 5 septembre 2015 lors d’un déplacement à Windhoek d’où le Sénégal rentre avec une victoire (2-0, buts de Kouyaté et Mané) en éliminatoires de la Can 2017, sous le magistère d’Aliou Cissé, dont c’est le 2e match officiel à la tête des « Lions ». Titularisé d’entrée dans l’axe à côté de Kara Mbodji, une vieille connaissance avec qui il a déjà formé une paire à Genk, Kalidou Koulibaly, numéro 9 au dos, rend une copie propre dans l’axe central des « Lions ». Et c’est Didier Deschamps, qui s’en mordra les doigts. Invité sur le plateau du Canal Football Club le 21 février 2016, le sélectionneur des « Bleus » évoque le nom du défenseur, devenu international sénégalais depuis plus de cinq mois (il comptait déjà 5 sélections), comme un des joueurs (avec Aymeric Laporte et Jérémy Mathieu) pouvant renforcer l’Equipe de France à quelques encablures de l’Euro 2016. La bourde fait très vite le tour du monde via le web. Deschamps se corrigera quelques jours après. «En fait, j’ai vu Koulibaly en regardant Juve-Naples pour superviser Évra et Pogba. C’est vrai, je l’ai trouvé intéressant» admit-il. Pour sa part, l’intéressé, très poli, s’est senti gêné par les développements de cette mésaventure. « J’en suis vraiment confus. Je sais que ça lui a causé quelques problèmes et quelques moqueries…, s’excusera presque Koulibaly. J’étais avec des amis à la maison, ils m’ont dit que ça parlait de moi à la télé. Je ne les croyais pas, je croyais que c’était encore une de leurs blagues. Après quand j’ai vu, sincèrement, j’étais surtout gêné pour Didier Deschamps. » Puis, le Napolitain de prendre le côté positif de l’histoire : « Ça prouve que mon travail paye, que je me fais remarquer par mes performances. » Une vérité confirmée par les convoitises grandissantes des grands clubs du monde entier, parmi lesquels le Fc Barcelone, Bayern Munich et surtout Chelsea qui, sous la houlette du technicien italien Antonio Conte en a fait sa priorité pendant deux ans avant de se heurter à l’intransigeance du président de la SSC Naples, Aurelio de Laurentiis. Lequel finira, grâce à une prolongation de son contrat jusqu’en 2021, par verrouiller son joyau dont la valeur ne cesse de grimper (de 28,6 milliards F CFA en septembre 2017, sa cote est passée à 50 milliards F CFA selon une étude du Centre international d’études du sport de la FIFA). En attendant, c’est bien le Sénégal qui en profite pour faire de sa défense l’une des plus solides du continent africain. Et, après le test réussi à la Can 2017 au Gabon (aucun but encaissé en trois matchs avec Koulibaly), il ne reste plus qu’à donner raison à Maradona, à la face du monde entier, cet été, en Russie.

LA BIO EXPRESS DE KALIDOU KOULIBALY

Etat-Civil : Né le 20 juin 1991 à Saint-Dié-des-Vosges – FRANCE

Taille : 1,87 m

Meilleur pied : Droit

Poste : Défenseur central

Club actuel : SSC Naples depuis 2014 (37 matchs, 4 buts, 1 passe décisive, saison en cours).

Clubs précédents : KRC Genk (Belgique, 2012-2014), Fc Metz (France, 2010-2012).

Formation : SR Saint Dié, puis à Metz (2000-2010).

Sélections : 19 sélections, 0 but.

Première sélection : Namibie – Sénégal , le 5 septembre 2015 à Windhoek, éliminatoires Can 2017.

Premier but en sélection : Eliminatoires Can 2019, Sénégal – Guinée Equatoriale, le 9 juin 2017 à Dakar.

Palmarès :  Coupe Gambardella et CFA 2 (Metz, 2010). Coupe de Belgique (Genk, 2013), Supercoupe d’Italie (Naples, 2014). Finaliste Tournoi de Toulon (France U20, 2011). Demi-finaliste Coupe du Monde U20 (France U20, 2011). Quart de finaliste Can (Sénégal, 2017).