Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années. Qui mieux qu’Ismaila Sarr pour donner raison à cet adage ? Le jeune joueur formé par l’Académie Génération Foot est tout simplement l’un des internationaux les plus précoces de l’histoire du football sénégalais.

Le 3 septembre 2016, quand il est convoqué pour la première fois de sa très jeune carrière en équipe nationale A du Sénégal, Ismaïla Sarr, surnommé Iso Sarr, est un jeunot à peine entré dans la majorité, qui n’a jamais joué la moindre minute en Ligue 1 sénégalaise et qui ne compte qu’un total de 70 minutes en Ligue 1 française réparties en 3 matchs. Une précocité qui impressionne d’autant plus qu’au Sénégal, ce n’est pas si fréquent de voir la porte de la « Tanière » ouverte à un jeune joueur qui n’a pas encore de grands états de services dans un championnat majeur en Europe. Mais pour Ismaïla Sarr, cette première n’avait rien de bien surprenant. En sélections de jeunes et deuxième division sénégalaise, l’ado avait déjà fait montre d’une explosivité et des qualités techniques qui ne laissaient pas de place au doute : le gamin est fait du bois des futurs grands. De celui des cracks.

Surclassé en U23, intenable en Coupe du Sénégal

Tout débute au bas de l’échelle. En 2015, l’Académie Génération Foot qui a déjà formé des dizaines d’internationaux sénégalais est alors en roues libres en National 1, troisième division du championnat sénégalais et se frotte sans complexe aux clubs de l’élite, en Coupe du Sénégal. Il guide ses coéquipiers de Génération Foot au sommet de la Coupe du Sénégal, en écartant en demi-finale le mythique Jaraaf de Dakar, tout-puissant club de Ligue 1 et détenteur du record de sacres dans la compétition et en s’offrant, en finale, le scalp d’un autre géant de l’élite, le Casa Sport. MVP de la finale et de la Coupe du Sénégal 2015, brillant en championnat dont le titre fut remporté par les siens et étincelant dans le tournoi de montée en Ligue 2 dont il fut sacré meilleur joueur, Ismaila Sarr gravit les échelons et saute les étapes pour atterrir directement en équipe nationale des moins de 23 ans, antichambre de la sélection A, pour la Can de la catégorie qui se déroule à domicile, alors qu’il n’a que 17 ans. Même en étant, avec Moussa Wagué (de sept mois son cadet), un des plus jeunes du groupe de Joseph Koto dans lequel on retrouve aussi le gardien Pape Seydou Ndiaye et le défenseur Adama Mbengue, tous internationaux A aujourd’hui, Ismaila Sarr sera très vite adopté par le public de Léopold Sédar Senghor, séduit par ses foulées dévastatrices. Le natif de Saint-Louis tape dans l’œil de tous les observateurs venus des quatre coins du globe à la recherche de la perle rare. Le Sénégal se classera 4e du tournoi après avoir été sorti en demi-finales par le Nigeria, futur vainqueur de la compétition mais avec l’Egyptien Ramadhan Sobhi aujourd’hui à Stoke City (Angleterre), le Sud africain Keagan Dolly (Montpellier, France), les Nigérians Junior Ajayi (Al Ahly, Egypte) et Oghenekaro Etebo (Las Palmas, Espagne) ou encore le Malien Adama Niane (Troyes, France), Ismaïla Sarr fait partie d’une cuvée qui a régalé les pelouses de Léopold Sédar Senghor et de Caroline Faye.

En sélection avant d’avoir 90 minutes complètes

Dès la fin de la saison suivante qui verra Génération Foot encore sacrée championne de la Ligue 2 où elle n’aura fait qu’une seule année, le Fc Metz (Ligue 1 française), tout juste promu en Ligue 1 française et partenaire privilégié de l’Académie nichée à Deni Birame Ndao, ne tarde pas à sauter sur l’occasion pour récupérer le jeune joueur, en compagnie de Habib Diallo, son autre coéquipier dans la même brillante sélection sénégalaise. Transféré au Fc Metz le 13 juillet 2016, Ismaila Sarr s’adapte d’entrée au football français. Il dispute ses premières minutes officielles dès le coup d’envoi de la saison, en entrant en jeu à la 73e minute de la première journée de la L1, le 13 août 2016 face à Lille et offre même une passe décisive à la victoire des siens (3-2). Puis, il obtient une entrée pour 20 minutes de jeu lors de la journée suivante à Paris (défaite 3-0) et celle 33 minutes pour celle d’après face à Angers. Suffisant pour taper dans l’œil d’Aliou Cissé et connaître sa première cape en équipe nationale A, le 03 septembre 2016, en éliminatoires de la Can 2017, lors de la réception de la Namibie (victoire 2-0). Au stade Léopold Sédar Senghor qu’il a déjà illuminé quelques mois plus tôt sous le maillot grenat, Ismaila Sarr revient cette fois-ci avec le maillot blanc des « Lions ». De ce match, il entre à la 67e minute à la place de son idole, un certain Sadio Mané, également formé à Génération Foot comme lui, également brillant en sélection U23 du Sénégal comme lui et également passé au Fc Metz. Comme lui. Tout un symbole. De retour en club, il adresse sa première passe décisive en Ligue 1 dès le match suivant (victoire 3-0 à Nantes), lors duquel il obtient sa première titularisation. Un galon qu’il ne perdra plus jamais à Metz.

De la Ligue 2 sénégalaise à la Ligue 1 française : le grand bond en avant

Il enchaîne également avec l’équipe nationale du Sénégal, se montrant déjà décisif dès sa deuxième sélection en adressant une passe décisive à Moussa Sow et marquant le deuxième but des Lions pour une victoire (2-1) à la Libye, le 8 janvier 2017, en match amical de préparation de la Can 2017. Derrière le duo Sadio Mané et Keita Diao Baldé, il grappille du temps de jeu durant cette compétition continentale majeure en jouant trois des quatre matchs du Sénégal au Gabon (dont une titularisation). L’élimination en quart de finale face au Cameroun actée, le joueur retourne en Moselle fort d’un nouveau statut d’international A. Il prend confiance et se libère dans le jeu. Explosif à souhait, il martyrise les défenses de Ligue 1 et est cité parmi les jeunes les plus prometteurs du championnat français, à côté de Kylian Mbappé. Le 8 février 2017, il inscrit son premier but en L1 face à Dijon (victoire 2-1), pour sa première titularisation après son retour de la CAN au Gabon (il est entré en jeu pour 33 minutes face à Marseille lors de la journée précédente). Mieux, il participe activement au maintien du Fc Metz en enchaînant les prestations de haute facture : un but d’anthologie face à Saint-Etienne le 12 mars 2017, puis trois autres et une passe décisive face au Paris Saint Germain sur les 5 dernières journées de championnat. A la fin de cette première saison, le bilan de Sarr affiche 33 matchs disputés (dont 20 comme titulaire) pour 5 buts et 5 passes décisives ! Le doute n’est plus permis : un phénomène est né. Les grands clubs européens se renseignent sur lui et les dirigeants du Fc Barcelone cochent même son nom sur une short-list avant d’en recruter l’international français Ousmane Dembélé. Conscient qu’il a encore beaucoup à apprendre pour continuer sa progression, Ismaila Sarr étudie toutes les offres qui s’offrent à lui et décide de s’engager en faveur du Stade Rennais pour environ 18 millions d’euros (environ 11,8 milliards F CFA) et est déjà classé dans les plus gros salaires du club. Un investissement largement rentable pour le jeune toujours sur les tablettes des grands de la L1 et après deuxième saison rassurante (déjà 17 titularisations, 5 buts et 4 passes décisives à la date du 3 avril 2018).

« Ismaila, c’est notre Neymar ». Sabri Lamouchi, entraîneur du Stade Rennais

Toujours intenable mais désormais connu et plus exposé en raison de son style provocateur, il est livré à la merci des coups irréguliers des défenseurs adverses qu’il subit en moyenne 3,5 fois par match (déjà 55 fautes subies en 18 matchs, à la date du 3 avril). Cette saison, il est avec le Brésilien du Psg Neymar Jr (5,1 fautes subies par match) et le Français de Lyon Nabil Fekir (3,9 fautes subies par match) sur le podium des joueurs de L1 qui subissent le plus de fautes par match. Conséquence, Ismaila Sarr est victime de deux grosses blessures au tendon, une première fois par le stéphanois Kevin Théophile Catherine en championnat, le 24 septembre 2017 et une deuxième par le parisien Kylian Mbappé, en Coupe de France, le 7 janvier 2018. Deux déchirures au tendon qui le prive de quatorze matchs avec le Stade Rennais. De quoi obliger son entraîneur Sabri Lamouchi à pousser une gueulante pour que son joyau soit davantage protégé, à l’instar de la star brésilienne : « Il y a des stats qui parlent et qui disent que Fékir, Neymar, Sarr sont les joueurs les plus touchés. J’aurais voulu voir si à la place de Sarr, ça avait été Neymar, la réaction des Parisiens. Je défends juste mon joueur et quand je dis qu’Ismaïla Sarr, c’est notre Neymar, on doit le protéger comme on protège Neymar à Paris ou Nabil Fékir à Lyon, tout simplement. » En attendant, c’est au joyau sénégalais de se ménager sans se dénaturer afin de poursuivre sa progression et de continuer à gravir les échelons en Europe et en sélection nationale. Avec la prochaine Coupe du Monde en Russie à laquelle il sera grandement épié, il tient une occasion rêvée d’exposer, à la face du monde, toute l’étendue de son talent. Pour le plus grand bonheur du peuple sénégalais.

LA BIO EXPRESS DE ISMAILA SARR

Etat-Civil : Né le 25 février1998 (20 ans) à Saint-Louis – Sénégal

Taille : 1,85 m

Meilleur pied : droit

Poste : Ailier / Attaquant

Club actuel : Stades Rennais (France)

Parcours : Formé à Génération Foot – Fc Metz (France, 2016-2017),

Sélections : 10 sélections, 2 buts et 1 passe décisive.

Première sélection : 03 septembre 2016, éliminatoires Can 2017, Sénégal-Namibie (2-0, buts de Keita Baldé et Famara Diédhiou)

Premier but en sélection : 8 janvier 2017, match amical de préparation de la Can 2017, Sénégal – Libye (2-1, buts d’Ismaila Sarr et Moussa Sow pour le Sénégal, Mouhamed Dhana pour la Libye).