Jusque sur la table d’opération, Serigne Modou Kara Mbodji pense en priorité à sa mise à disposition de la « Tanière des Lions ». Vice-capitaine de l’Équipe nationale du Sénégal qu’il a intégrée il y a bientôt six ans, le défenseur d’Anderlecht ne respire que pour ce maillot. Quitte à se mettre à dos certains dirigeants et fans de son club.

Longtemps confronté à la douleur causée par un genou récalcitrant qui a failli lui faire manquer les Can 2015 et 2017, Serigne Modou Kara Mbodji a souvent joué en se serrant les dents, sans jamais renoncer à mettre le pied, aller au duel ou dépenser toute son énergie sans ménager son mètre 92. Quitte à faire avec une poche de glace devenue fidèle compagnon d’infortune d’après-match. Ou à décider de se faire opérer en pleine saison, histoire de pouvoir être prêt à temps pour faire partie de l’aventure de la Coupe du monde en Russie, au mois de juin 2018. Une décision qui a eu du mal à passer du côté de la Belgique, à Anderlecht où plusieurs pressions ont été faites, en vain, sur le joueur qui ne s’est jamais caché d’assumer les motivations de sa décision, au prix de se mettre à dos une partie du public et certains dirigeants de son club. S’il a fini par s’habituer aux tortures infligées à son genou à longueur de 90 minutes, c’est que le solide défenseur central s’est toujours fait un point d’honneur de faire don de son corps au maillot qu’il porte. Comme un soldat. Cela ne date pas d’aujourd’hui et cela s’est ressenti jusque dans son parcours.

D’avant-centre à défenseur central : reculer pour mieux sauter

Plus jeune, Serigne Modou Kara Mbodji, natif de Diass, dans le département de Mbour, évoluait au poste d’avant-centre entre l’école de football et un club de quartier de la Petite Côte, profitant de son physique de déménageur et de sa puissance pour enfiler les buts. Mais, pour affronter, dans un tournoi de présaison, le prestigieux Institut Diambars qui venait d’être lancé en grande pompe, l’attaquant de service accepte de reculer en position de milieu défensif afin de permettre à son équipe de pouvoir tenir la comparaison face aux talentueux pensionnaires de Diambars triés sur le volet. Mieux que de leur tenir la dragée haute, Kara Mbodji, alors âgé de 15 ans, brille et impressionne tous les observateurs pourtant venus contempler l’équipe d’en face. Les recruteurs de Diambars sont émerveillés et poussent les dirigeants du centre à faire entorse à la procédure habituelle de recrutement. Le jeune Mbourois devient ainsi le premier jeune recruté à Diambars sans passer par les traditionnels tests de présélection. Un choix qui ne sera jamais regretté tant Diambars, en plus d’avoir récupéré un footballeur talentueux venait d’insérer dans ses rangs un jeune de très fort caractère et dont le sens du travail et du dévouement allait forcément déteindre sur les autres pensionnaires du centre pendant les cinq ans qu’il y passera. Durant cette période, fixé au milieu de terrain et dépannant de temps à autre en défense centrale pour pallier le manque de présence physique à ce niveau, Kara Mbodji acquiert les subtilités de ces deux postes, gomme ses lacunes et progresse au point de se voir appelé en sélection de jeunes. Puis, ce sont les portes de la Norvège qui s’ouvrent à lui en 2010 pour le début d’une aventure en Europe. Transféré à Tromso le 2 février 2010, Kara Mbodji ne tarde pas à impressionner.

Reconnaissance en Norvège, consécration en Belgique

En trois saisons, il est sacré trois fois meilleur joueur du club et deux fois 2e meilleur joueur du championnat norvégien. En plus de se montrer solide défensivement, il marque une dizaine de buts, souvent de la tête et accessoirement sur coups francs directs. Au même moment, il gravit également les échelons en sélection de jeunes et intègre l’équipe nationale U23 qui prépare les Jeux Olympiques de Londres 2012. En compagnie d’Ousmane Mané, Idrissa Gana Guèye, Pape Ndiaye Souaré et Saliou Ciss, il fait partie de la forte colonie de joueurs formés à Diambars dans cette sélection olympique qui brillera à Londres avant de se faire éliminer en quart de finale par le Mexique. Même s’il n’avait pas encore été titulaire indiscutable, migrant entre la défense centrale et le milieu de terrain, Kara Mbodji avait alors suffisamment tapé dans l’œil de recruteurs à tel point qu’il fête sa première sélection en équipe nationale A, à l’occasion de la manche aller de la double confrontation contre la Côte d’Ivoire. Entré en jeu à six minutes de la fin du match, Kara Mbodji débute par une victoire amère dans les éliminatoires de la Can 2013 mais profitera de l’alternance générationnelle qui suivra, d’autant plus que moins de six mois après les JO 2012, il quitte le championnat norvégien pour la Belgique en s’engageant pour le KRC Genk, Tromso encaissant 2 millions d’euros (environ 1,3 milliard F CFA) dans la transaction. Là, le joueur s’installe définitivement au poste de défenseur central et fait très vite figure de référence dans la Jupiler League. Associé à Kalidou Koulibaly dans la charnière de Genk, Kara Mbodji fait des merveilles. Le 7 août 2015, le RSC Anderlecht, plus grand club belge, saute sur l’occasion pour l’acquérir à 4 millions d’euros (environ 2,6 milliards F CFA) après avoir laissé filer le patron de sa défense, Chancel Mbemba, à Newcastle (Angleterre).

Leader, vice-capitaine, chouchou de LSS

La mission est à la hauteur des ambitions de Kara Mbodji qui, rapidement, s’installe dans les habits de patron de la défense des «Mauves» et devient un des leaders du vestiaire d’Anderlecht tout comme de celui du Sénégal. Associé successivement à Lamine Sané, Papy Djilobodji et Kalidou Koulibaly, le Mbourois est devenu une constance dans l’arrière garde du Sénégal quelque soit le sélectionneur en place depuis qu’il s’est installé. Nommé vice-capitaine par le sélectionneur Aliou Cissé, Kara Mbodji se présente toujours comme un des joueurs les plus appréciés du public sénégalais, friand de joueur de devoir de sa trempe, toujours prêt à se battre pour le maillot national, au prix de sa santé. Chouchouté par les habitués des travées du stade Léopold Sédar Senghor de Dakar, qui apprécient en lui sa culture du don de soi, son esprit de talibé symbolisé par une grande humilité, Kara Mbodji se démène sans se ménager sur la pelouse et emporte dans son sillage ses coéquipiers qui voient en lui un modèle d’engagement sans faille, qui a décidé de faire une croix sur une bonne partie de sa saison en club afin de se rendre frais en Russie, libéré de toute douleur d’un genou récalcitrant. Buteur à cinq reprises en 42 sélections, il tient, avec la prochaine Coupe du Monde, une excellente vitrine pour enfin quitter la Belgique où il a fini par faire le tour de la question après cinq saisons de grande réussite tant sur le plan individuel que collectif. Pour le « Baay Fall » de la « Tanière », l’heure est venue de répondre aux sirènes répétitives de l’Angleterre et des autres championnats majeurs d’Europe. Car Kara, le soldat de la Nation, a obtenu et mérité ses galons de général.

LA BIO EXPRESS DE KARA MBODJI

Etat-Civil : Né le 22 NOVEMBRE 1989 (28 ans) à Diass – SENEGAL

Taille : 1,92 m

Meilleur pied : Droit

Poste : Défenseur central

Club actuel : RSC Anderlecht depuis 2015 (12 matchs cette saison).

Clubs précédents : KRC Genk (Belgique, 2013-2015), Tromso (Norvège, 2010-2013).

Formation : Institut Diambars (2008-2010).

Sélections : 42 sélections, 5 buts.

Première sélection : Côte d’Ivoire – Sénégal (4-2), 8 sept. 2012 à Dakar, élimin. Can 2013.

Palmarès : Coupe de Belgique (Genk, 2013). Finaliste Supercoupe de Belgique (Genk, 2014), Champion de Belgique (Anderlecht, 2017). Supercoupe de Belgique (Anderlecht, 2017). Quart de finaliste JO (Sénégal U23, 2012), Quart de finaliste Can (Sénégal, 2017).