Près de sept longues années après sa première sélection par Amara Traoré, le 10 août 2011, Lamine Gassama a enfin eu droit à une certaine reconnaissance d’un public sénégalais aussi exigeant que versatile. Mais, avant d’en arriver là, l’arrière droit d’Alanyaspor (Turquie), passé par le Fc Lorient et l’Olympique Lyonnais (France), a dû s’habituer à essuyer une pluie de critiques portant sur son style de jeu, souvent injustifiées, parfois injustes. Puis, à force de persévérer, l’ancien coéquipier de Benzema a fini par être de toutes les dernières grandes batailles de la « Tanière des Lions ».

Né en 1989 à Marseille, dans la cité de La Castellane, la même qui a vu naître un certain Zinédine Zidane, Lamine Gassama n’avait rien du talent incommensurable de l’icône du football français, mais a très tôt dû avoir à faire le même choix qu’elle : se passer d’une carrière à l’Olympique de Marseille, bouillant club de sa ville de naissance, pour se donner une chance ailleurs, loin du Sud de la France. C’est donc à l’autre Olympique, celui de Lyon, qu’il est allé fourbir ses armes en 2006, après avoir écumé les clubs de fortune de la zone sud. En intégrant l’un des centres de formations les plus réputés de France, Gassama rejoignait une machine à polir des pépites, qui a donné à la France beaucoup de ses plus grands talents du 3e millénaire et dont l’équipe-première engageait une série aussi impressionnante qu’inédite de 7 sacres consécutifs. Une perspective qui montre à souhait, à lui le joueur qui ne manque jamais une occasion de dire qu’il a toujours été conscient de ses limites, l’ampleur de la mission qui l’attendait. Herculéenne.

Lyon, Bayern, Liverpool… les débuts d’un rêve étoilé

Pour seule arme en bandoulière, Lamine Gassama dût s’employer d’abnégation et d’une volonté inébranlable d’apprendre. C’est ainsi qu’à quelques jours de célébrer le 2e anniversaire de sa présence au centre de formation de l’Olympique Lyonnais, il signe, le 1er juillet 2008, son premier contrat professionnel pour le club de Jean Michel Aulas, sextuple champion de France d’affilée, laissant sur le quai plusieurs jeunes peut-être plus talentueux, mais largement moins doté de la culture du travail que lui. Cela tombe avec le crépuscule des années dorées de Lyon. Dans la cour des grands à côté d’illustres coéquipiers de la trempe du Camerounais Jean II Makoun, de l’Italien Fabio Grosso ou des Français Karim Benzema, Hugo Lloris et Jérémy Toulalan, la toute première saison en pro de Gassama lui permet ainsi de découvrir la Ligue 1, les deux coupes nationales françaises, la sélection de France Espoirs et surtout, la Ligue des Champions Uefa, compétition dont il rêvait quelques mois auparavant comme tous les gamins de son âge, les étoiles plein les yeux. S’il effectue ses débuts en Ligue 1 contre Sochaux le 29 octobre 2008, puis face au Mans le 02 novembre 2008, pour deux titularisations, autant de victoires sur le même score (2-0), Gassama, tout juste âgé de 19 ans, enchaînera ensuite par trois autres titularisations dans les prestigieuses affiches contre Bordeaux (victoire 2-1), Paris Saint-Germain (défaite 1-0) et Nantes (défaite 2-1) avant de connaître le rêve ultime : faire ses premiers pas en Ligue des Champions face à un géant européen, le Fc Bayern Munich. Le 10 décembre 2008, Lamine Gassama est donc titularisé à droite de la défense lyonnaise, pour la réception de l’ogre allemand, et son vis-à-vis n’est autre que l’international français Frank Ribéry. Gassama jouera 64 minutes, temps suffisant pour récolter un carton jaune, voir son adversaire direct marquer un but entre un doublé de Luca Toni et Sydney Govou réduire la marque avant l’heure de jeu, mais rien de tout cela n’est de taille à le priver de toucher du doigt un rêve de gosse, face à des joueurs de renommée internationale. Il en gardera un souvenir d’autant plus impérissable malgré la défaite (3-2, Benzema inscrivant un 2e but à la 68e minute) que ce match restera tout simplement l’unique partie de Ligue des Champions qu’il aura disputé de toute cette première saison au bout de laquelle il dispute 10 matchs toutes compétitions confondues (7 en L1, 1 en LDC, 1 en Coupe de France et 1 en Coupe de la Ligue).

Chute libre à Lyon, renaissance en « Lion »

Le tarif est le même la saison suivante (2009-2010). Il joue 2 matchs de Ligue des Champions, face à Liverpool (1-1) et à la Fiorentina (défaite 1-0) et en championnat, participe à l’une des rencontres les plus fous de l’histoire de la Ligue 1, le fameux 5-5 au stade Gerland, contre le club de sa ville de naissance, l’Olympique de Marseille, également club des compatriotes Mamadou Niang, capitaine, et Souleymane Diawara, un des buteurs du match. Malgré un temps de jeu moindre que la saison précédente, Gassama est convoqué à deux reprises en Equipe de France U20 après ses trois sélections en Espoirs. La saison suivante, la concurrence est plus rude au sein de la défense lyonnaise qui a enregistré les arrivées de l’international sénégalais Papa Malickou Diakhaté et le retour en forme du Français Anthony Réveillère. La progression de Gassama en prend un coup de frein. Il ne joue que 5 matchs de toute la saison, pour trois titularisations et une entrée en jeu pour la réception de Toulouse (victoire 2-0) le 12 décembre 2010, qui restera sa toute dernière sortie sous les couleurs lyonnaises. Il ne jouera plus le reste de la saison pas plus que toute la première partie de la suivante. Ainsi peu (ou pas) utilisé, Gassama s’engage en faveur du FC Lorient (Ligue 1) à six mois de la fin de son contrat avec Lyon. C’est dans ce moment de doute que la sélection du Sénégal, pays d’origine de ses parents, lui tend les bras et il s’y accroche comme une bouée de sauvetage. Conscient de la chance qui lui est ainsi offerte par Amara Traoré, sélectionneur des « Lions » d’alors, il accepte la main tendue le 9 mai avant d’étrenner sa première cape trois mois plus tard, le 10 août 2011, lors d’un match amical face au Maroc à Dakar (défaite 0-2). Mieux, le Sénégal engagé dans la course à la qualification aux Jeux Olympiques Londres 2012, Gassama jongle également avec la sélection U23 où il côtoie Idrissa Gana Guèye, Kara Mbodji, Cheikhou Kouyaté, entre autres. Chez les A, il disparaît après ses deux premières sélections et sa signature à Lorient.

Exil en Turquie

Dans un club moins exigeant, il s’intègre très vite et retrouve enfin la joie d’enchainer les titularisations, dont la première intervient cinq jours après son départ, en demi-finale de la Coupe de la Ligue, face à… son précédent club, Lyon (défaite 4-2 en prolongations). Mais, au bout de la huitième, le voilà victime d’une déchirure du ligament du genou qui met un terme à sa saison au mois de mars 2012 et le prive, du coup, aux Jeux Olympiques de la même année, à Londres, dans la capitale britannique. Il ne revient à la compétition qu’en janvier 2013 et c’est pour réaliser une deuxième partie de saison pleine avec 18 titularisations, un chiffre qu’il n’avait jamais atteint pendant une saison auparavant. Naturellement, le retour en sélection nationale se réalise dès le mois de mars, pour les éliminatoires de la Can 2015. Au fil du temps, il acquiert des galons de patron à Lorient (116 matchs en cinq saisons) et use ses crampons de plus en plus régulièrement avec les « Lions ». C’est ainsi qu’il dispute les éditions 2015 et 2017 de la Can et participe à la qualification à la Coupe du Monde 2018. La deuxième de l’histoire du Sénégal. Entretemps, il a quitté Lorient en allant au bout de son contrat comme à Lyon, en y laissant le souvenir d’un joueur de devoir qui n’aura jamais failli aux exigences du club et en y inscrivant l’unique but de sa carrière professionnelle le 7 février 2015, face au Stade de Reims. Gassama s’offre alors un exil en Turquie, à Alanyaspor, qu’il a rejoint le 31 août 2016 (59 matchs depuis), pour un contrat qui doit prendre fin cet été, juste après la Coupe du Monde en Russie. De quoi lui offrir la perspective d’un nouveau challenge ?

Fort d’une trentaine de sélections, Gassama, longtemps chahuté pour son style de jeu plutôt défensif et son faible rendement offensif, longtemps pris en grippe pour un centre manqué par-ci, ou une passe ratée par-là, a fini par réussir le plus dur : forcer le respect. Par la seule force de son abnégation.

LA BIO EXPRESS DE LAMINE GASSAMA

Etat-Civil : Né le 20 octobre 1989 (28 ans) à Marseille – FRANCE

Taille : 1,81 m

Meilleur pied : droit

Poste : Arrière droit

Club actuel : Alanyaspor (33 matchs, 1 passe décisive cette saison)

Formation : A. des Jeunes Nouvelle Vague (1997-2002), J.S. des Pennes Mirabeau (2002-2003), FC Martigues (2003-2005), Aubagne FC (2005-2006), Olympique Lyonnais U17, U19 (2006-2008).

Parcours : Lyon (France, 2008 – janv. 2012) –  Fc Lorient (France, janv. 2012-2016), Alanyaspor (Turquie, depuis août 2016).

Sélections : 27 sélections.

Première sélection : 10 août 2011 à Dakar, match amical au stade Lss : Sénégal – Maroc (défaite 0-2, buts de Kharja et El Arabi).