A peine âgé de 23 ans, Mbaye Babacar Niang aurait pu être un espoir du football mais son parcours est déjà riche d’évènements qui feraient pâlir plus d’un joueur expérimenté. Au crépuscule de sa huitième saison en pro et après qu’il a multiplié les frasques et autres erreurs de jeunesse, le puissant attaquant du Toro, devenu Lion, s’est assagi, et est désormais paré pour engager le plan de relance : la magie d’un second départ, à la conquête du temps perdu.

A 23 ans, quand on a déjà vêtu six maillots de clubs et deux sélections différentes, découvert trois des plus grands championnats européens, disputé la Ligue des champions Uefa et validé son ticket pour la Coupe du Monde, on peut déjà être sûr d’avoir quoi raconter à la postérité. Pour Mbaye Niang, cela ne se limite pas aux déboulées sur les pelouses. Hors des terrains, il sait également se faire remarquer lui qui s’est très vite forgé une réputation de joueurs à casseroles, une sorte de Balotelli made in France. Placé en garde-à-vue en 2014 pour conduite sans permis et délit de fuite après qu’il a planté sa voiture de luxe dans un arbre à Montpellier. Embarqué au commissariat de Caen pour une bagarre collective au détour d’un concert, à la veille d’un match contre le PSG, en compagnie d’amis beaucoup plus âgé que lui, alors mineur. Arrêté pour conduite sans permis à Milan, au volant de la voiture d’un coéquipier. Expulsé du regroupement de l’équipe de France Espoirs pour une virée nocturne entre deux matchs de barrage de qualification à l’Euro 2013, en compagnie de célèbres coéquipiers (Antoine Griezmann, Yann M’Vila, Wissam Ben Yedder, et Chris Mavinga)… Autant de faits d’armes réalisés à 19 ans, dont le dernier qui lui coûtait une suspension de sélection nationale française de plus d’un an, lui qui, un an auparavant a failli enfiler la tunique des moins de 23 ans du Sénégal, pays d’origine de ses parents. En effet, convoqué par Abdoulaye Sarr pour le deuxième tour des éliminatoires des Jeux Olympiques 2012, Mbaye Niang avait fait le déplacement et rejoint la «Tanière» pour affronter la Tunisie mais, confronté à un problème administratif, il ne disputera finalement pas la rencontre et rentre frustré, avant de revenir six ans plus tard, cette fois avec l’équipe nationale A, pour réécrire sa partition d’une histoire mal entamée. Convoqué pour le déplacement à Praia, il entre en jeu pour une vingtaine de minutes et participe à la victoire (2-0) en étant impliqué sur le 2e but des siens, comme sur les trois rencontres qui suivent, validant la deuxième qualification du Sénégal en Coupe du Monde, seize ans après l’épopée de 2002. Plus mature, moins dispersé hors des terrains, Mbaye Niang semble désormais lancé pour rattraper le temps perdu, ce qui reste encore largement à ses cordes après plusieurs saisons de villégiatures, passées à imposer un style de vie qui passe mal dans un milieu aseptisé.

Records de précocité

Mbaye Niang a joué son premier match professionnel en Ligue 1 française à seize ans et quatre mois, à l’âge où ses camarades se font des challenges dans la cour de récréé. C’était il y a sept ans, le 24 avril 2011, face à Toulouse, sur la pelouse du Stade Malherbe de Caen, son club formateur. Précoce, le jeune franco-sénégalais né en 1994 à Meulan, en France, a très vite sauté des marches qui mènent au monde impitoyable du football professionnel. Une semaine après ses débuts en Ligue 1, le voilà déjà titularisé face à Nice, devenant ainsi le plus jeune titulaire de l’histoire professionnelle du SM Caen. Mais les débuts en fanfare ne s’arrêtent pas en si bon chemin. La journée suivante, face à Lens, c’est son premier but en pro qu’il célèbre déjà, devenant du coup le plus jeune buteur de l’histoire du club et le deuxième plus jeune de l’histoire du championnat français juste derrière Laurent Roussey (1978), avant de récidiver une semaine plus tard, à Rennes puis lors de la dernière journée, dans un match de prestige face à l’Olympique de Marseille. Il lui aura fallu moins d’un mois pour susciter les convoitises et affoler toute la Ligue 1, béate d’admiration devant tant de précocité. A la fin de cette saison 2010-2011, Mbaye Niang aura ainsi participé activement au maintien de Caen dans l’élite en disputant les sept dernières rencontres de Ligue 1, dont quatre en tant que titulaire, pour trois buts inscrits. Des débuts rêvés pour un gamin de 16 ans, qui n’a jamais cessé de brûler les étapes depuis tout petit, régulièrement surclassé durant sa période de préformation et qui en 2010, a inscrit cinq buts et offert onze passes décisives avec l’équipe CFA de Caen, à l’âge de 15 ans, puis obtenu une quinzaine de sélections et trois buts avec les U16 et U 17 de la France ! Autant dire qu’il n’est même pas arrivé sur la pointe des pieds dans le vestiaire caennais où certains coéquipiers avaient plus du double de son âge. C’est le cas du Français Anthony Deroin. Âgé de 32 ans à l’époque et aujourd’hui à la retraite, il se souvient d’un garçon qui, « déjà physiquement, était plus costaud et allait plus vite que les autres ». Pour lui, l’arrivée de Mbaye Niang, « c’est un peu comme William Gallas quand il est arrivé à Caen. Il a toujours été un peu au-dessus de la moyenne. » Et quand il décrit ce joueur qui a gravi les échelons plus rapidement que la plupart de ses camarades, il dresse le profil « d’un petit jeune plein de fougue avec les dents longues, (qui) savait déjà ce qu’il voulait et où il voulait aller. » Convoité par les grands clubs français, Mbaye Niang décide de faire le grand saut en répondant aux sirènes étrangères. En août 2012, il signe à l’AC Milan, laissant à quai Manchester City, Arsenal et Liverpool également sur les rangs, après avoir validé à Caen une deuxième saison (2011-2012) aux airs de confirmation (23 matchs, 2 buts et 3 passes décisives).

La malédiction du Camp Nou

Très vite mis sous le feu des projecteurs, Mbaye Niang croque la vie à pleine dents et savoure l’intensité du rythme de la ville de Milan, à défaut d’exploser sur le terrain. Car, s’il inscrit son premier but sous les couleurs milanaises le 12 décembre en championnat face à la Reggina, soit quatre mois après son arrivée à Milanello, il peine encore à être régulier. Ce n’est qu’en janvier qu’il commence à jouer titulaire en Serie A. Puis, après avoir enchaîné six titularisations, il est lancé en huitièmes de finale de la Ligue des Champions face au Fc Barcelone, d’abord le 20 février 2012 à San Siro où il profite des 15 dernières minutes d’une victoire de prestige (2-0), puis trois semaines plus tard, au Camp Nou, pour la manche retour durant laquelle il est titularisé à la pointe de l’attaque des « Rosoneri ». D’entrée de jeu, Mbaye Niang obtient un face-à-face avec le gardien barcelonais Victor Valdès. Alors qu’il a largement le temps de l’ajuster, il voit sa frappe mourir sur le poteau. Une occasion manquée qui, comme un symbole, le poursuivra très longtemps d’autant qu’en fin de match, le Barça renverse la tendance par une victoire (4-0) qui le qualifie au tour suivant.

Entre Milan et le monde

Mbaye Niang trainera ce moment comme un boulet. Il retournera d’ailleurs sur le banc et ne démarrera que deux rencontres pour le reste de la saison. La suivante, il ne restera à Milan que jusqu’en janvier, avant de se voir envoyer en prêt à Montpellier. Mbaye Niang profitera de ce retour en France pour se relancer (5 buts et 2 passes décisives en 20 matchs toutes compétitions confondues) et aider l’équipe à se maintenir en Ligue 1 comme il l’avait déjà réussi à Caen. En fin de saison, il retourne à Milan, mais c’est pour se faire à nouveau prêter en janvier à Genoa. Là, malgré cinq buts et trois passes décisives en quatorze matchs, l’option d’achat ne sera pas levée et Mbaye Niang est encore contraint, une nouvelle fois, à retourner à Milanello, avec, en prime, une fracture du métatarse qui le cloue à l’infirmerie pour plus de trois mois, juste après avoir signé une prolongation de contrat. A son retour, il brille enfin sous le maillot mythique de l’AC Milan et croit tenir la chance de s’imposer à San Siro quand, en moins de 15 matchs il compte 5 buts et 5 passes décisives. Mais, manque de bol, c’est justement au moment du décollage qu’il est frappé de plein fouet par un accident de la circulation, le 28 février 2016. Plus de peur que de mal, même si le joueur devra retourner à la case infirmerie pour trois mois encore (blessure à l’épaule et entorse de la cheville), en plus de devoir conjuguer avec le la galère de revoir son nom associé aux frasques. Seule consolation : il n’était pas au volant de la Ferrari. A son retour, la saison est déjà terminée et il lui faut attendre un nouveau départ. Mais ce sera comme les précédents exercices : une moitié de saison à Milan (18 matchs, 3 buts et 3 passes décisives) et une autre moitié en prêt à partir de janvier, dans un club qui se bat pour éviter la relégation, Watford, en Angleterre. La mission maintien assurée (16 matchs, 2 buts et 2 passes décisives), Mbaye Niang revient une nouvelle fois en Italie, peu emballé par l’engouement autour de la Premier League. Comme par le passé, il n’est pas retenu à l’AC Milan et se voit envoyé en prêt une énième fois. Destination, Torino (Italie) où il jouera enfin une première saison à plus de 30 matchs toutes compétitions confondues ! Cela ne lui était jamais arrivé depuis ses débuts au SM Caen. Et, quand au bout, pointe une participation à la Coupe du Monde qui va lui offrir une nouvelle jeunesse, à seulement 23 ans et demi, l’on peut alors raisonnablement croire à la magie d’un second départ…

LA BIO EXPRESS DE MBAYE NIANG

Etat-Civil : Né le 19 décembre 1994 (23 ans) à Meulan (France)

Taille : 1,84 m

Meilleur pied : Droit

Poste : Ailier / Attaquant

Club actuel : Torino (Italie, prêté par l’AC Milan) (29 matchs, 4 buts et 3 passes décisives, cette saison).

Parcours : Formé à COBS Les Mureaux, As Poissy et SM Caen (2001-2011), SM Caen (2011-2012), AC Milan (Depuis 2012), prêté à Montpellier (2014), prêté à Genoa (2015), prêté à Watford (2017), prêté au Torino (2017-2018).

Sélections :  4 sélections.

Première sélection : le 7 oct. 2017 à Praia, Cap Vert – Sénégal, Élim. Mondial 2018 (2-0, buts de Diafra Sakho et Cheikh Ndoye)

Palmarès : Vainqueur de la Supercoupe d’Italie (2017).