Longtemps à l’ombre du grand frère Lamine, autant en sélection qu’en club, Salif Sané s’est désormais affranchi. A 27 ans, il est désormais considéré à sa juste valeur : celle d’un joueur à très fort potentiel, qui va enfin connaître la consécration de disputer la Coupe du Monde et la Ligue des Champions, après avoir brillé en Bundesliga, y faisant mieux que son grand frère.

« Je suis très lié à Lamine. On est toujours ensemble. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Certes, c’est mon frère mais on peut dire que c’est mon meilleur pote. On s’entend très bien. On est souvent ensemble. On rigole ensemble. Mais dès qu’il faut être sérieux, il est toujours là à me pousser à beaucoup travailler. » Salif Sané a longtemps marché à l’ombre tutélaire de Lamine, son meilleur ami, mais surtout, son grand frère. L’histoire a commencé dans les premiers coups donnés au ballon dans la maison familiale à Lormont, commune du sud ouest de la France, dans le département de la Gironde. Elle s’est naturellement poursuivie dans le centre de formation du club amateur du coin, l’US Lormont, où le cadet des Sané a suivi les pas de l’aîné. Puis, Bordeaux, club phare de la région, est venu toquer à la porter pour s’octroyer Lamine Sané, avant de revenir récupérer le jeune frère. Les deux y finiront leur formation avant de connaître la Ligue 1 puis Salif Sané s’envolera, seul, vers l’As Nancy-Lorraine. Mais, il était dit quelque part que Salif suivrait longtemps les traces de Lamine. Quand ce dernier décida de porter le maillot national du Sénégal, il sera suivi, trois ans plus tard par le premier. C’est justement durant cette année 2013 que la boussole a changé d’orientation, quand Salif Sané s’est envolé en Allemagne pour découvrir la Bundesliga. En prenant son destin en main pour s’exporter dans la prestigieuse ligue allemande, il prenait ainsi les devants en guidant, pour une fois, son plus-que-frère qui l’y rejoindra en 2016. Aujourd’hui qu’il a atteint l’âge dite de la maturité pour les footballeurs professionnels, Salif voit Lamine s’éloigner et commence à s’en accommoder. En plus de le laisser «seul» en équipe nationale du Sénégal où il n’est plus convoqué depuis belle lurette après en avoir été le capitaine, Lamine Sané s’est envolé pour les Etats-Unis d’Amérique où, à 31 ans, il peut s’offrir une fin de carrière paisible. A des milliers de kilomètres, en Allemagne, Salif Sané peut enfin exploser, sans subir l’éternel parallèle fraternel.

Pari risqué, pari payant

Salif Sané a grandi. Auteur d’une brillante saison au cœur de la défense centrale à trois de Hanovre, l’international sénégalais de 27 ans a fini de convaincre les observateurs de la Bundesliga sur ses talents de défenseur. Aujourd’hui présenté comme l’une des références du moment à ce poste dans le championnat allemand, Salif Sané a, sans surprise, tapé dans l’œil des clubs plus huppés au point de faire engager un duel entre Dortmund, l’autre ogre de la Bundesliga, et Schalke 04, actuel 2e du classement derrière le Bayern, pour racheter les deux dernières années du contrat qui le liait à Hanovre 96. C’est finalement Schalke 04, le club de Gelsenkirchen qui remportera la palme contre un chèque de plus de 5 milliards F CFA (8 millions d’euros) dans les caisses de Hanovre qui l’avait acquis contre la modique somme de 1,3 milliard F CFA (2 millions d’euros), en provenance de l’As Nancy-Lorraine en France. Un pari risqué à l’époque où le jeune est arrivé milieu de terrain, jeune et insouciant, en 2013, mais qui a fini payant aujourd’hui, à l’heure où il s’apprête enfin à découvrir, la saison prochaine, la Ligue des Champions, compétition suprême en club avec sa future destination, Schalke 04, mais également la Coupe du Monde, compétition suprême en équipe nationale, avec la sélection du Sénégal. Entretemps, que de chemin parcouru !

Polyvalence, qualités athlétiques et techniques

Après avoir signé son premier contrat professionnel en faveur des Girondins de Bordeaux le 1er juillet 2010, Salif Sané a mis plus de six mois avant de connaître sa première prestation en Ligue 1 française, le 12 décembre 2010. Titularisé au poste de latéral droit ce soir-là, face à Rennes (0-0), il séduit et enchaine pour les quatre rencontres suivantes, dont une en Coupe de France, toujours au poste d’arrière droit. La solution de rechange ne dure pas plus longtemps que ces cinq premières rencontres pleines de promesses.  La saison suivante, il est prêté à l’As Nancy, où il fera ses premiers pas à son poste de formation. Placé en sentinelle devant la défense, Salif Sané fait très vite entrevoir ses grandes qualités athlétiques (1,96m pour 88 kg) qui ne l’empêchent nullement d’être à l’aise sur le plan technique. Lamine Sané ne dit pas autre chose, quand on lui demande d’esquisser le croquis de son jeune frère : « On va dire que, athlétiquement, Salif a un gros impact. Techniquement, c’est vrai qu’il est à l’aise aussi. Il doit gagner en maturité», disait-il en marge d’un regroupement de l’équipe nationale du Sénégal qu’il a intégré le 8 juin 2013, sous le magistère du Français Alain Giresse, pour un déplacement en Angola, comptant pour les éliminatoires de la Can 2015. Auparavant, au bout de sa première saison complète en Ligue 1 sous le maillot nancéen, Salif Sané dispute 32 matchs et s’offre le luxe d’inscrire ses deux premiers buts dans le championnat français. La saison suivante est celle de la confirmation : trente-sept matchs disputés dont neuf en défenseur central et un en arrière droit, 2 buts inscrits, 4 passes décisives délivrées et surtout une réputation qui va au-delà de l’Hexagone. En plus d’entamer une carrière internationale, le voilà répondant aux sirènes de Hanovre, en Allemagne pendant que Nancy coulait en Ligue 2.

De la D4 à la Ligue des Champions

Outre-Rhin, les débuts de Salif Sané ne furent pas tout de repos. Arrivé le 1er juillet 2013 pour un contrat de quatre ans, il retourne à une position de défenseur central pour ses septs premiers matchs de Bundesliga, puis alterne avec le milieu de terrain. Désormais rodé à la polyvalence, il lui faut apprendre à conjuguer avec la rigueur d’un effectif fourni, ce qui fait qu’il ne dispute que 21 rencontres toutes compétitions confondues, dont les deux-tiers en défense centrale. La saison suivante est encore plus compliquée à gérer. En effet, dès l’entame de l’exercice 2014/2015, Salif Sané est accusé par ses dirigeants d’un manque de discipline et se voit relégué dans l’équipe B du club qui évolue en Ligue régionale nord, soit l’équivalent de la 4e division allemande ! Pendant plus de quatre mois, il accepte son sort et mange son pain noir en attendant le bout du tunnel. Il effectue son retour en équipe première en décembre 2014 et ne jouera finalement que 18 matchs de première division durant cette saison de galère qui participera à forger son caractère puisque la suivante, il joue deux fois plus (33 matchs, 2 buts) et ne manque de faire le plein qu’à cause d’absences pour suspension ou maladie.

Alternative sérieuse pour la défense des « Lions »

S’il entame l’exercice dans l’entrejeu, (24 matchs en position de milieu de terrain, sa préférence, contre 8 en défenseur central), c’est dans l’axe qu’il le terminera. Mais c’est bien dans la considération qu’il a fini par gagner au sein du vestiaire de Hanovre qu’il tire sa plus grande satisfaction, au point d’accepter de se laisser définitivement installer en défense centrale, où il jouera 25 des 31 matchs de la saison 2016/2017 et l’intégralité des matchs (31 à ce jour) de la saison en cours, la meilleure de sa carrière, celle qui lui ouvre enfin les portes de la reconnaissance, de la Coupe du Monde et de la Ligue des Champions. Mieux, à l’heure où la sélection du Sénégal fait face à une certaine incertitude due à la blessure au genou de Kara Mbodji, titulaire à l’un des postes de la défense mais aussi à la volonté du sélectionneur Aliou Cissé de tester une nouvelle configuration d’une défense centrale à trois, Salif Sané sait qu’il a plus qu’une carte à jouer. Ses chances ? Sa maitrise parfaite de ce système à trois centraux qu’il a éprouvé en club et ses hauts faits d’arme en défense centrale qui font de lui le 2e meilleur défenseur sénégalais de la saison après l’intouchable Kalidou Koulibaly et le blessé Kara Mbodji, les deux patrons derrière lesquels Salif Sané peut légitimement prétendre au flambeau. Il en a le vécu et le modèle parfait : le grand frère Lamine Sané.

LA BIO EXPRESS DE SALIF SANÉ

Etat-Civil : Né le 25 août 1990 (27 ans) à Lormont – FRANCE

Taille : 1,96 m

Meilleur pied : Droit

Poste : Défenseur central / Milieu défensif

Club actuel : Hanovre 96, depuis 2013 (29 matchs de Bundesliga, 3 buts et 1 passe décisive cette saison).

Clubs précédents : As Nancy (France, 2011-2013), Girondins de Bordeaux (2010-2011)).

Formation : US Lormont, puis Bordeaux.

Sélections : 14 sélections.

Première sélection : Angola – Sénégal (1-1), 8 juin. 2013 à Luanda, élimin. Can 2015.

Palmarès : Quart de finaliste Can (Sénégal, 2017).